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La Collection Courtauld - le 20/03/2019 : 09:00 par HTa


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E. Manet - Un bar aux Folies Bergère  - 1881-1882 © Courtauld Institute of Art
 


Histoire d’une collection : La Collection Courtauld
 


Après avoir présenté, dans le grand vaisseau blanc de Frank Gehry, en 1917, l’immense collection Chtchoukine, exposition dont l’organisation avait été très difficile puisqu’elle réunissait des tableaux appartenant désormais à deux musées, le Musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg et le Musée Pouchkine à Moscou, la Fondation Vuitton propose aujourd’hui la Collection Courtauld et ce jusqu’au 17 juin 2019.

Si cette collection n’a pas la grandeur de celle de Sergueï Chtchoukine, ni par son ampleur, ni par sa variété de styles, elle est cependant exceptionnelle et c’est à la fermeture pour travaux de l’Institut et de la Galerie Courtauld de Londres (maintenant abrités à Somerset House, à deux pas de l’Hôtel Savoy où Monet, la reconnaissance venue, peignait, depuis sa chambre, les ponts de Londres sous différents éclairages) qu’on doit cette exposition.

Samuel Courtauld (1876-1947) était un descendant de Huguenots français de l’île d’Oléron. Ses aïeuls avaient quitté la France après la révocation de l’édit de Nantes et s’étaient installés en Grande-Bretagne. Ils avaient commencé par être orfèvres avant de se diriger vers le textile et d’y faire fortune. Une fois, ses études secondaires à la réputée Public School de Rugby, terminées, Samuel Courtauld ne souhaita pas entrer à l’université mais préféra parfaire ses connaissances dans le domaine des métiers de l’industrie textile, en voyageant en France (où il fut très certainement en contact avec l’art français) et en Allemagne avant de rejoindre l’entreprise familiale dont il devint le directeur en 1908. La famille Courtauld avait peu auparavant fait fortune grâce à l’invention d’un nouveau textile synthétique, la viscose.
 


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Samuel Courtauld                                                                   Samuel & Elizabeth Courtauld

 

L’attirance de Samuel pour la peinture française, vint à la suite de deux rencontres avec l’art ; en 1917, il vit, présentée à la Tate Gallery, la collection d’art moderne français d’un riche collectionneur irlandais, Hugh Lane, mort prématurément et qui avait légué sa collection au musée. Il était en possession d’œuvres de Manet, Monet, Pissarro, Renoir, Morisot, Vuillard et Degas ; puis, en 1922, le deuxième choc artistique se produisit lors d’une exposition d’artistes français au Burlington Fine Arts Club où il fit la découverte de la peinture de Cézanne (il parlait de magie en faisant allusion à l’œuvre du peintre et Cézanne est d’ailleurs l’artiste le plus représenté dans sa collection privée puisqu’il en acquit onze toiles et plusieurs aquarelles).

Une exposition récente au Petit Palais, « Les Impressionnistes français à Londres » (suivre ce lien), a évoqué la présence des artistes français à Londres dans les années 1870 et même avant. Il faut rappeler que certains artistes avaient quitté la France au moment où le prince Louis-Napoléon Bonaparte accédait au pouvoir, puis d’autres avaient suivi une vingtaine d’années plus tard au moment de la guerre franco-prussienne puis ensuite au moment de la Commune. Il y avait donc, dans les années 70, une colonie d’artistes français installés dans le quartier de Soho ainsi que des galeristes (dont Paul Durand-Ruel) qui essayaient de promouvoir l’art français en Angleterre mais sans grand succès ; Pissarro et Monet, tous deux réfugiés à Londres, disaient n’avoir rien pu vendre.

C’est au début des années 20 que Samuel Courtauld décida avec son épouse, Elizabeth, de monter une collection de peinture et la plupart de leurs acquisitions se firent en un temps très ramassé, entre 1923 et 1929.


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Paul Cézanne - Le Lac d'Annecy -  1896   - © Courtauld Institute of Art
 

La famille Courtauld avait toujours veillé sur les ouvriers de ses usines de textile en créant, pour eux, des logements, des crèches, des bibliothèques et en leur proposant des cours du soir ; de même, Samuel, élevé avec des valeurs d’éducation et de justice sociale, souhaita faire profiter ses semblables de sa fortune en leur permettant eux aussi d’accéder à l’art. Son épouse fit de même dans le domaine de la musique.


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Amedeo Modigliani - Nu féminin -  ca 1916  -   © Courtauld Institute of Art                           Auguste Renoir - La Loge - 1874 - © Courtauld Institute of Art
 


Ainsi, parallèlement à sa collection privée de peinture et en s’appuyant sur les conseils de Roger Fry, historien d’art et critique et de Percy Moore Turner, conseiller artistique et galeriste à Londres et à Paris, il décida, en 1923, de créer un fonds  d’acquisition de £ 50 000 (connu sous le nom de « Courtauld Fund ») pour permettre à la Tate Gallery d’acheter des œuvres étrangères contemporaines, car il jugeait les musées anglais trop conservateurs dans le choix des peintres qu’ils exposaient et les artistes étrangers contemporains sous-représentés. Les tableaux achetés pour la Tate furent transférés, dans les années 50, à la National Gallery.

Après la mort de son épouse, en 1931, et avec l’aide de Lee of Fareham (1868-1947), militaire, diplomate, ministre, mécène, administrateur de la Wallace Collection et de la National Gallery, il fonda le « The Courtauld Institute of Art », après avoir pris conscience qu’il n’existait pas de formation pour les historiens de l’art en Grande-Bretagne. Il fit don de sa demeure familiale « Home House », située à Portman Square, ainsi que d’une partie de sa collection privée à l’Institut qui y resta jusqu’en 1989, avant de s’établir à Somerset House (là où se tenaient les expositions de la Royal Academy of Arts du temps de Turner et de Constable). On avait d’ailleurs reproché aux Courtauld d’avoir fait entrer des toiles impressionnistes dans une maison construite au XVIIIe (par le célèbre architecte d’alors, Robert Adam).


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Paul Gauguin - Nevermore - 1897 - © Courtauld Institute of Art
 

L’institut, aujourd’hui rattaché à l’Université de Londres, ne forme pas que des historiens de l’art mais aussi des conservateurs de musées et des restaurateurs d’art. Peu après sa fondation, l’Institut, accueillit l’Institut Warburg de Hambourg, ses archives, sa bibliothèque et ses chercheurs alors menacés par la montée du nazisme.

La collection privée d’œuvres d’art de Courtauld a été également transférée à Somerset House et est aujourd’hui présentée au public en un lieu appelé « Courtauld Gallery », fermé pour travaux pour deux ans.

La collection présentée à la Fondation Vuitton et qui a été exposée juste avant de venir à Paris et de façon plus complète à la National Gallery de Londres, n’est pas la collection complète qui est bien plus vaste (les Courtauld ayant fait des émules, d’autres riches collectionneurs ont eux aussi légué à l’Institut les œuvres qu’ils possédaient et qui, elles, couvrent plusieurs siècles), mais une sélection choisie d’œuvres impressionnistes et postimpressionnistes. Elle comporte les œuvres léguées à l’Institut, celles acquises, grâce au fonds Courtauld, par la National Gallery et une partie de celles léguées à la mort de Courtauld à sa famille ou à ses amis qui ont accepté de les prêter à l’occasion de cette exposition.

Par ailleurs, à la fin de l’exposition, sont réunies dans une salle à part, dix aquarelles de Turner, ayant appartenu non pas à Samuel Courtauld mais à son frère, Stephen. Parmi ces tableaux un très beau tableau de 1841, « Dawn after the Wreck » qui montre l’influence que Turner a pu avoir sur les peintres impressionnistes français et notamment sur Monet.


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William Turner -  Dawn after the wreck - ca 1841 - © Courtauld Institute of Art
 


Juste à côté de cette salle se trouve une autre salle dans laquelle est projeté un film sur « Home House », la résidence des Courtauld ; on peut y voir où et comment étaient placés les tableaux acquis par le couple lorsqu’ils y vivaient.

Parmi les tableaux les plus marquants présentés dans cette exposition, le célèbre « Un Bar aux Folies-Bergère », de Manet, de 1882, dernier grand tableau peint par l’artiste avant sa mort, dans lequel le reflet de la serveuse et du client dans le miroir est bien étrange et peu plausible, « La Loge », de Renoir, de 1874, représentant une élégante jeune femme portant une robe à rayures noires et blanches, assise dans une loge pour assister à un spectacle aux côtés d’un compagnon dont l’attention semble retenue ailleurs, une des cinq versions existantes des  « Joueurs de Cartes » de Cézanne, un « Lac d’Annecy » , 1896, du même peintre, deux Gauguin de l’époque tahitienne, dont « Nevermore » de 1897,  une « Gare Saint-Lazare » de Monet, une esquisse du « Déjeuner sur l’Herbe » de Manet, des Seurat, des Toulouse-Lautrec, un des nus de Modigliani présentés, en 1917, à la Galerie Weill, rue Taitbout, et qui avaient tant choqué que la police avait dû faire fermer la galerie… Tous ces tableaux nous semblent familiers, soit qu’on en ait vu des reproductions, ou bien d’autres versions très proches ou qu’on ait eu la chance de les voir, dans leur contexte, à la Courtauld Gallery.


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Vincent Van Gogh  - Autoportrait à l'oreille bandée -  1889  © Courtauld Institute of Art.
 


Parallèlement à la collection Courtauld exposée au niveau -1, la Fondation Louis Vuitton présente des œuvres d’artistes contemporains de 1960 à nos jours, aux autres niveaux, dont des tableaux de l’Américaine Joan Mitchell et des œuvres de Gerhard Richter qui séduiront probablement ceux qui aiment l’art abstrait.

Espérons que les tableaux choisis avec tant de soin par les Courtauld aussi bien pour leur collection privée que pour la collection destinée au public britannique, pourront bientôt être exposés dans leur globalité dans une Galerie Courtauld rénovée et agrandie montrant ainsi le goût et la passion d’un couple de mécènes, Samuel et Elizabeth Courtauld, pour nos peintres impressionnistes.
 

________________
 


Fondation Louis Vuitton
La Collection Courtauld
Le parti de l’Impressionnisme

8, avenue du Mahatma Gandhi
Bois de Boulogne

75116 Paris

Ouvert tous les jours sauf mardi de 10 h à 20 h
Jusqu’au 17 juin
2019

 

________________

 

Hélène TANNENBAUM

© 9ème Histoire 2019


 

Réalisation: ParC Design

Icônes de l'église orthodoxe grecque
Saints Constantin-et-Hélène
Rue Laferrière - 75009 Paris

© D. Bureau


© 9ème Histoire 2001-2019