En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des contenus et services adaptés. Mentions légales.
 
 
 
 

Quand le 9e jazze

 © 9ème Histoire - 2021

 

django_wide-c0793de0a0caa09c3c110ffc92186147641e510d.jpg
Django Reinhardt - © Rue des Archives / AGIP
 


QUAND LE  9e JAZZE…
 


Dimanche 5 septembre, une série de balades « Sur les traces de Django Reinhardt à Pigalle » a été conçue et organisée par le musicien-historien Philippe Baudoin - aidé de Michel Güet et épaulé par les membres du « Comité Jazz » des Conseils de quartiers du 9e -.

Cette journée a permis d’aller découvrir les lieux où vécut et joua le célèbre guitariste manouche entre 1930 et 1946, entre autres :

  • avenue Frochot (il habita au n° 6)
  • rue Victor-Massé (il a joué au « Bal Tabarin » au 34-36, et au bar « Le Cancan » au 32) ;
  • rue Pigalle (il anima avec Stéphane Grappelli «  La Roulotte » au 62, le « Brick Top’s » et le « Doïna » au 73, puis le « Brick Top » au 63) ;
  • rue Duperré (un hôtel au n° 2 où logea Django) ;
  • rue Fromentin (l’hôtel « Royal Fromentin » au 11, les cabarets « Le Grand Ecart », «  Les Nuits Bleues » au 7, le « Monte Cristo » au 8) ;
  • rue Fontaine (« La Boîte à Matelots » au 10, « Le Mansart » à l’angle) ;
  • rue Chaptal (le siège du Hot Club de France et de la revue « Jazz Hot » au 14, avec en face le restaurant surnommé « L’Annexe »).

Un malentendu lors de l’enregistrement des inscriptions (obligatoires, avec des limitations dues à la pandémie) a malheureusement troublé des visiteurs qui n’ont pas été attentifs au programme et qui ont pris la mairie (organisatrice) comme lieu du rendez-vous, obligeant Philippe Baudoin à reprogrammer d’autres visites ultérieurement. Mais la passion des promeneurs, accueillis par un orchestre place Kaspereit (en bas de l’avenue Frochot), et l’intérêt montré par les passants ont fait oublier les nuages… Le soleil brillait et rien ne vaut un air de jazz pour égayer un trottoir. 
 


av frochot.jpg
Le point de rendez-vous place Kaspereit. devant la grille d'entrée de l'avenue Frochot. Philippe Baudoin (casquette bleue) et son épouse accueillent les premiers "promeneurs" avec un orchestre de jazz jouant du Django.© AP  
 


La personnalité exceptionnelle du sujet, épris de musique et de liberté, peintre à ses heures, reconnu par les jazzmen américains et les journalistes spécialisés comme l’un des meilleurs musiciens du siècle, ses qualités de compositeur, sa façon originale de synthétiser les cultures musicales tzigane et afro-américaine ont imposé son génie. La fidélité en amitié de Django Reinhardt lui a permis de jouer avec les plus grands (notamment Duke Ellington, avec lequel il fera une tournée américaine en 1946), de conjuguer ses talents avec ceux de Stéphane Grappelli pendant des décennies et de créer un quintette à cordes (trois guitares, un violon et une contrebasse) devenu très vite célèbre.
 


UNE PLAQUE RUE CHAPTAL
 

Le quintette « Hot Club de France », créé en 1934, comprenait au départ, outre Stéphane Grappelli et Django, son frère Joseph Reinhardt, Roger Chaput et Louis Vola. Ils s’installeront en octobre 1938 dans un pavillon toujours situé dans la cour intérieure devant la façade du 14 rue Chaptal. Ce lieu va devenir un rendez-vous international très prisé des musiciens et des amateurs de jazz. Portes ouvertes quasiment à toute heure, on y écoute des disques, on y fait des « bœufs », des répétitions… Les lieux seront inaugurés le 1er avril 1939 par Duke Ellington au côté de Django Reinhardt.
 

L’Occupation ne changea presque rien… Charles Delaunay (le fils de Robert et Sonia, qui préféra l’écriture aux pinceaux), décrit ainsi la curieuse ambiance qui régnait dans le quartier, par exemple à « La Roulotte », le club de Lucienne Franchi, (qu’elle sous-titra « Chez Django Reinhardt ») : « Après le couvre-feu, on fermait les portes et les réjouissances se poursuivaient fort avant dans la nuit. Le monde le plus bizarre s’y côtoyait : on y parlait l’anglais aussi bien que l’allemand. On se chuchotait à l’oreille : « C’est le commandant K de la Gestapo ; à la table à gauche, ce sont des agents britanniques » ; quant à l’orchestre, on lui demandait tour à tour de jouer « God save the King » ou « Bébert » ou « Lili Marleen ». Au HCF, Delaunay note : « le siège était quotidiennement envahi : on venait y louer ses places de concert, s’inscrire comme membre adhérent, écouter des disques ou des conférences. Le petit pavillon de la rue Chaptal s’avéra par ailleurs une excellente « boîte aux lettres » pour des activités plus clandestines. Dans l’étroit escalier se croisaient parfois un aviateur allié récemment abattu dans le nord de la France et quelques soldats de la Wehrmacht venus retenir leurs billets pour un prochain concert ».   
 


plaque hcf2.jpg
Philippe Baudoin rappelle le lieu important que fût le pavillon du 14 rue Chaptal. On reconnaît  Nicolas Cour, Delphine Bürkli et Jean-Pierre Plagnard. © AP
 

Une plaque commémorative vient d’être posée au 14 de la rue Chaptal, sur le mur d’enceinte de l’immeuble qui abrita le HCF, puis la revue « Jazz Hot » et enfin les disques Swing. Elle a été dévoilée ce 5 septembre par Delphine Bürkli, maire du 9eaccompagnée par Philippe Baudoin, Nicolas Cour (conseiller d’arrondissement, adjoint en charge de la culture et du patrimoine) et Jean-Pierre Plagnard (adjoint en charge du réseau associatif, référent du CQ Blanche-Trinité), en présence de personnalités dont certaines avaient connu des intervenants de l’époque et de nombreux musiciens. Un band a rendu un hommage sonore au célèbre quintette.

Créée en 1932 par Hugues Panassié, vite rejoint par Charles Delaunay, l’association Hot Club de France organisait des concerts et des conférences et elle sponsorisa le quintette éponyme dirigé par Django Reinhardt et Stéphane Grappelli. En 1935 naîtra une revue mensuelle bilingue « Jazz Hot » (où écrira régulièrement Boris Vian, de 1947 à sa mort en 1959). En 1937 y sera installée la fameuse marque de disques Swing, la première au monde à n'enregistrer que du jazz.  Pendant la guerre, le 14 abritera un foyer de résistance (réseau Cart) puis il deviendra ensuite le rendez-vous des G.I.s, avec le célèbre bistrot-restaurant d’en face, au coin de la rue Henner, baptisé plus tard « L’Annexe ». Puis le pavillon abritera en 1968 la revue « Rock & Folk » et enfin les guitares Gibson en 1990. Le HCF quittera l’adresse définitivement en 1984.
 


François Desbrosses HCF.jpg    nicole bertolet.jpg
François Desbrosses (président du HCF) et Nicole Bertolt (amie d'Ursula Kübler épouse de Boris Vian) pendant leur allocution © AP
 


JAZZ MANOUCHE SQUARE D’ANVERS
 

Choisi par Philippe Baudoin, un concert du Paris Gadjo Club fût chargé d’illustrer le fameux jazz manouche au kiosque du square d’Anvers (de 17 à 19 heures) pour clore agréablement cette journée mémorable. L’affluence était telle qu’on entendait peu la musique mais on a pu constater avec quel plaisir les habitants du 9e et leurs amis aimaient se retrouver et se parler après plus de deux années difficiles entravées par un coronavirus et ses variants, générateurs de distanciations et de confinements.
Confidence : Delphine Bürkli, très présente, a souhaité voir réitérer l’événement et s’installer désormais une fête du jazz rassemblant tous ses administrés dans une ambiance très festive à la rentrée de septembre. 

 


square anvers.jpg
Concert du Paris Gadjo Club au square d'Anvers. © AP.
   

                                                                                                                        

Anick PUYÔOU

           
                                                                   
           

© 9ème Histoire - 2021
 


Date de création : 21/09/2021 • 15:57
Catégorie : Publications de 9ème Histoire - Echos du Terrain
Page lue 142 fois


Réactions à cet article


Personne n'a encore laissé de commentaire.
Soyez donc le premier !