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Automne 2019


LE BILLET DU PRÉSIDENT

 


La gloire de la rue Fontaine

 


En 1966 - certains s’en souviennent-ils ? -, sortait un nouveau vinyle de Serge Gainsbourg, « Qui est in, qui est out » : « C’est au Bus Palladium que cela s’écoute, au Bus Palladium, rue Fontaine ». Ce haut lieu de la musique juvénile baptisée « yéyé » par Edgar Morin, avait ouvert en 1965, quatre ans après le Golf Drouot, à l’angle du boulevard Montmartre et de la rue Drouot, « temple du rock made in France ».
 


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Le Bus Palladium  -  © Bus Palladium.
 


Dix-huit ans plus tard, en 1984, la rue est au centre d’un court métrage éponyme, qui figure dans le film à sketches de Philippe Garrel, Paris vu par… Vingt ans après, avec Christine Boisson et Jean-Pierre Léaud. La rue Fontaine est aussi chantée en 1989 dans les Amours du dimanche, le troisième album de Marc Lavoine, qui aime Apollinaire : « J’ai le cœur qui traine dans la rue Fontaine, et j’ai de l’eau, de l’eau dans les yeux ; j’ai le cœur qui traine, laisse couler la Seine ; oh, tu sais, je n’ai pas fini de t’aimer … »1.    

La rue avait été ouverte en février 1826 dans le cadre d’un grand lotissement privé du bas de la colline de Montmartre, qui lança l’urbanisation de notre quartier. Elle avait été appelée d’abord rue Fontaine-Saint-Georges pour marquer sa liaison avec le lotissement de la place Saint-Georges, puis tout simplement rue Fontaine, en honneur de Pierre Fontaine, l’architecte de l’Empereur. En 2004, la célébrité de l’architecte de la Chapelle expiatoire ayant pâli, la municipalité voulut préciser et la rebaptisa rue Pierre-Fontaine, mais l’usage l’emporta et elle resta heureusement pour tous rue Fontaine.
 


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Mascaron de la fontaine de Gavarni place St Geiorges  -  © D. Bureau
 


Encore périphérique, au nord des Grands boulevards, la rue nouvelle attira artistes et écrivains. Le dessinateur lithographe Paul Gavarni, dont la statue orne depuis 1911 le centre de la place Saint-Georges, s’installa au n° 1 rue Fontaine dès 1837 : il y exécuta ses premiers recueils, les Étudiants, les Lorettes, les Actrices, les Hommes et femmes de plume, qui permettent, selon Baudelaire, de « comprendre l’histoire des dernières années de la Monarchie. » Au n° 30 demeurait depuis 1845 le peintre Constant Troyon, qui, après avoir découvert les peintres paysagistes hollandais du 17e, se rendit célèbre pour ses tableaux d’animaux domestiques. 
 

La rue garda sa vocation bohème dans le demi-siècle suivant. Une plaque nous apprend qu’Henri de Toulouse-Lautrec logea au n° 19, mais aussi au n° 19 bis et au n° 21, où Edgar Degas, qui habita aussi au 19 bis, avait son atelier dans la cour2 . Le peintre décorateur Pierre-Victor Galland, qui peignit entre autres le plafond du salon de musique de l’hôtel Jacquemart-André, était lui au n° 26. Au n° 38 bis habitait Camille Pissarro, qui fit, comme tout le monde sait, du paysage montmartrois un de ses thèmes favoris. L’ouverture de l’Académie Julian au n° 28 puis au n° 37, confirma la vocation artistique de la rue.  Entre les deux lignes de boulevards, les Grands Boulevards et les boulevards extérieurs, la rue nouvelle attira à la fin du siècle théâtres, cabarets et autres établissements de spectacle. Ceux-ci furent souvent des lieux d’expérimentation et d’innovation, du cinématographe aux revues nues, du jazz au yéyé. 

En 1893 s’ouvrit au n°16 bis le cabaret Les Décadents, dont le nom nous renvoie au mouvement littéraire contemporain, que pastichèrent en 1885 Les Déliquescences, poèmes décadents d'Adoré Floupette par
Henri Beauclair et Gabriel Vicaire, et en 1888, le Glossaire pour servir à l'intelligence des auteurs décadents et symbolistes par Jacques Plowert (pseudonyme de Paul Adam et Félix Fénéon). Au numéro 6 où se trouvait le casino Alcazar, ouvrit en 1906 le théâtre des Deux masques, qui devint en 1907 le Théâtre du cinématographe, titre qui nous rappelle que ce nouveau spectacle n’avait pas encore gagné son autonomie. 

En 1929 le lieu devient le premier club de jazz de Paris, le Cotton club, où jouèrent Louis Armstrong et Sidney Bechet, tandis qu’au n° 10 se trouvait un autre club de jazz, la Boite à matelots, où se produisit Django Reinhardt3 , et au n° 40, comme le rappelle une plaque, on était Chez Joséphine Baker. L’ancien cabaret Les décadents au 16 bis devint dans les années Trente un bar de nuit, Chez Joe Zelli, qui marque l’emprise nouvelle des « mauvais garçons » sur le quartier. On dit que c’est une entraineuse du lieu qui donna à Cole Porter l’idée de son fameux morceau Love for Sale. Au-dessus se trouvait le Tempo club, illustrant la connivence observée aussi aux États-Unis entre gangsters et jazz4.
 


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Cabaret La Nouvelle Ève  - © Philippe Muraro.
 

Dans un genre différent, au n° 26, s’était ouvert en 1897 les Fantaisies parisiennes ; rebaptisées Gaité en 1920, où l’on présenta la première revue nue : c’était les « années folles. Après-guerre, en 1949, complétement redécoré, le lieu devint la Nouvelle Eve. Ces lieux de spectacle marquent toujours la rue, d’une extrémité à l’autre, du Bus Palladium au n°6 et du Théâtre Fontaine au n° 10, à La Comédie de Paris au n° 42.
 


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Plaque rappelant le lieu où vécut André Breton - © Overblog Montmartre Secret.
 


Comme le rappelle une grande plaque à ceux qui l’ignorerait, au n° 42 vécut André Breton, dont l’appartement était un extraordinaire musée vivant, et l’on reste inconsolable que celui-ci ait été dispersé. Toutes ces traces et tous ces souvenirs donnent à la rue Fontaine, une aura spéciale, mais pour moi son charme principal est sa pente montant doucement vers les ailes du Moulin rouge, quand ses néons brillent dans la nuit de tous leurs feux.                                                                         

 

1 - On peut écouter l’intégralité des deux morceaux sur Internet.
2 - Voir les fiches express de notre site,  le 9e de Toulouse-Lautrec par Françoise Robert, et Edgar Degas dans le 9e
3 - Philippe Baudoin, « Une Chronologie du Jazz », Outre Mesure, 2005.
4 - Ronald L. Morris, Le jazz et les gangsters, éd. Le Passage, 2016.
 


 
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Le Moulin Rouge vu depuis la rue Fontaine  -  ©  Moulin Rouge ®
 


Claude Mignot
 

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PROGRAMME AUTOMNE 2019


 

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Mercredi 11 décembre à 18 h 30

 



L’Opéra de Paris dans le 9e arrondissement
et ailleurs... : 350 ans d’histoire


 


Une conférence de Mathias Auclair, directeur du département musique de la BNF et administrateur de 9ème Histoire

 


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Inauguration de l'Opéra Garnier le 5 janvier 1875 - © Ann Roman Picture Library.
 


À l’occasion du 350e anniversaire de la création de l’Opéra, Mathias Auclair, auteur du livre intitulé L’Opéra de Paris : 350 ans d’histoire (Éditions Gourcuff Gradenigo), propose de rappeler les moments forts de l’histoire exceptionnelle de l’Opéra de Paris depuis la fondation, sous Louis XIV, de l’Académie royale de musique par Colbert en 1669, jusqu’à l’Opéra National de Paris aujourd’hui. Il s’attachera notamment à évoquer le fonctionnement de l’institution tout au long du XIXe siècle, sous l’Empire, la Restauration et le Second Empire et pendant tout le XXe siècle.      


Lieu : Salle du conseil de la mairie du 9e, 18 h 30
 


Cette manifestation est ouverte à tous.
 

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