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© Dominique Piquemal- 2015 © 9e Histoire - 2015

 

JEAN ANTOINE CHAPTAL 


Buste_Chaptal.jpg

Pourquoi s'intéresser à Jean Antoine Chaptal dans le bulletin de 9ème Histoire? Bien sûr pour son nom donné à la rue qui abrite le Musée de la Vie Romantique, une bibliothèque et anciennement l'École Nationale des Assurances mais peut-être aussi pour faire le lien avec les arrondissements voisins que sont les VIIIe où où son nom a été donné en 1848 à un collège municipal sur un terrain en face du XVIIe.

Si Jean Antoine reste connu pour ses travaux sur la transformation du sucre en alcool qui marque le début de la chimie moderne de l'œnologie auquel son nom est associé par la chaptalisation, il mérite d'être connu comme grand ministre de l'Intérieur, grand administrateur et humaniste, tels qu’en forgeaient l'éducation paysanne et l'enseignement des bons pères du Languedoc à la fin du XVIIIe, et père du décret qui porte également son nom à l'origine des musées en région.

Jean Antoine Chaptal est né à Nojaret en Lozère le 05 juin 1756 dans la famille paysanne aisée d'Antoine Chaptal et de Françoise Brusnel. Quatrième enfant du ménage, son père se posa la question « qu'en faire puisqu'il n'est pas l'aîné? » dès le jour de son baptême. Dans la famille, il y avait des prêtres, un chanoine, un avocat, un notaire et un médecin, l'oncle Claude, " le guérisseur du Gévaudan " à qui il devra beaucoup.

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Maison natale de Chaptal à Nojaret

A l'école de la nature et des anciens, il faut s'imaginer dans ce pays montueux où la bête ne sera tuée qu'en 1767, le crépuscule tôt venu l'hiver, les lueurs de lanternes et les bruits de sabots, l'âtre où mitonne la soupe au lard d'orge mondé et les châtaignes sèches qu'un peu de lait blanchit. Mais l'été, l'enfant fane, glane, pêche avec ses aînés des anguilles, des goujons d'argent et des truites noires. Il suit les bergers, traîne parmi les troupeaux. C'est que le ciel est clair comme nulle part en Lozère, et la brume du soir ou la poussière d'août laisseront des souvenirs au futur chimiste de l'agriculture qui cherchera « l'explication de ces faits prodigieux qui, chaque jour, captivent les sens et étonnent la raison ». Mais dès les derniers jours de son enfance, à savoir à la Saint Michel de ses dix ans, il est placé à Mende, chez un curé, l’abbé Caylar, ni savant, ni pédagogue qui lui inculquera les notions élémentaires de grammaire, histoire et latin "à la manière du laboureur qui fait et refait le chemin chaque jour pour élargir le sillon".

Quand il deviendra  aussi le réorganisateur de ce qu'on appelait, à juste titre, l'instruction publique, il n'oubliera pas « que l'intelligence s'épuise en rêverie si elle ne s'appuie sur des données profondes ». A l'adolescence, il rejoindra l'école des Pères des Doctrines Chrétiennes, sera continuellement premier de sa classe. Son éducation est alors prise en charge par son oncle
Claude Chaptal de La Canourgue, petite ville voisine de Mende où le médecin réputé jusqu'à Montpellier est ami, non seulement des pères mais du seigneur évêque, gouverneur de la ville de Mende. Son neveu excelle en latin et en philosophie, il devient très bon en grammaire, algèbre et dans la découverte "du système du monde". Claude Chaptal ne voit pas ses espoirs déçus, Jean Antoine, déjà très bon orateur, soutient "la thèse générale" qui clôturait alors les études supérieures avec panache et en vilipendant «...les discussions inintelligibles sur la métaphysique, les subtilités théoriques sur la logique...qui ne peuvent laisser qu'une déplorable passion pour l'ergoterie.» Fils de paysan, élève en philosophie, médecin demain, il part pour Montpellier.


L'APPRENTISSAGE DE CE QUI FERA SA RENOMMÉE.

Montpellier, c'est l'antique et vivante université où son oncle va continuer de le diriger et le présenter à des  professeurs émérites, souvent ses anciens élèves, en particulier à Paul-Joseph Barthez, médecin, encyclopédiste, ami de Malesherbes et précurseur des théories de Bordeu que concrétisa Bichat par l'idée que chacune des parties de l'organisme a sa vie spéciale venant aux théories de l'anatomie générale et plus tard à la théorie cellulaire moderne. Jean Antoine est passionné par les cours de Barthez.
Son oncle chez qui il demeure est âgé, maniaque et lui fait une vie dure. Lui travaille, découvre, s'interroge au-delà de l'enseignement de son maître. Il lit, vénère et cite Montaigne "l'accoutumance à porter le travail est accoutumance à porter la douleur". Il se lève tôt, se couche tard, Chaptal le Neveu, comme on l'appelle maintenant, s'intéresse à l'anatomie et à la botanique. Il suit les séances pratiques de Laborie et fréquente le jardin d'Antoine Gouan, disciple et ami de Linné. Jean Antoine retrouve son sens inné de paysan et veut servir la médecine par la connaissance des "simples". Il se fait admettre dans le laboratoire de Charles Leroy et apprend la fabrication artificielle des eaux minérales. Il poursuit en anatomie et rentre dans les hôpitaux. Il se donne " d'un amour passionné " à la physiologie... il rencontre Philippe Pinel, de onze ans plus âgé que lui. Jean Antoine va trouver le guide qu'il lui fallait dans la progression des sciences exactes. Ce dernier lui conseille la relecture de Descartes et Pascal, Hippocrate et Plutarque, Montesquieu et Buffon. Il va appliquer ces leçons de doctrines vitalistes dans la préparation de sa thèse de bachelier en médecine. En soixante-dix pages d'un latin très maîtrisé, il expose ce en quoi il croit, "Des causes des différences que l'on observe parmi les hommes considérés dans le physique et le moral ". C'est pour lui un immense horizon et un succès mérité. Cette recherche des relations entre les facultés physiques et intellectuelles, il l'appliquera dans les domaines normatifs et réglementaires dont il ignore, alors, qu'ils deviendront l'essentiel de sa vie d'adulte comme il n'oubliera pas cette petite phrase de Dalembert: "La mémoire, la raison, l'imagination sont toute l'intelligence".
Jean Antoine est reçu, il travaille sur le mécanisme de la respiration mais souhaite ardemment quitter son oncle et partir pour Paris. L'oncle ne lui coupe pas les vivres et le voilà découvrant les chariots qui vont aux Halles, la galerie des libraires du Palais Royal, l'opéra de la rue de Richelieu où il croise le profil aigu de Voltaire. A l'automne, il lui faut revenir à son art, c'est à dire à la médecine pour mériter les subsides envoyés de sa Lozère natale. La chance est avec lui, il rencontre Jean-Louis Beaudelocque qui, à trente ans, est l'accoucheur le plus recherché, l'inventeur de l'obstétrique moderne.


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                        Paul-Joseph Barthez                         Jean-Louis Baudelocque (lithographie de Verlens)

Jean Antoine a trouvé un nouveau maître, un nouvel ami. Son jeune assistant ne l'oubliera pas un quart de siècle plus tard, le nommant chef de toutes les maternités de France. Il peut fréquenter tout ce que Paris compte de sommités de l'époque de chimistes et pharmaciens. Et c'est ça qui est l'intéresse, la chimie et la botanique. Il est encore dans la respiration qui est, avant tout, une combustion. Mais, un certain Dillon, archevêque, Président des États du Languedoc, caresse un grand dessein, celui de faire de Montpellier, sa métropolitaine civile, le Centre Méditerranéen des Sciences et des Arts. Introduit par Joubert, Chaptal le Jeune présente ses devoirs au Président languedocien. Celui-ci lui rappelle qu'il est "docteur de notre université " et lui propose de prendre la direction du nouvel enseignement public des sciences. En novembre 1781 à vingt-cinq ans, le voici professeur des États du Languedoc.


LE CHERCHEUR, LE MÉDECIN, LE CHIMISTE, L'INDUSTRIEL

Etendue des rives de la Garonne aux rives du Rhône, composée de territoires disparates, cette province carrefour bénéficie, à l'époque, d'une liberté autonome.
Chaptal prend vite la mesure de la tâche à accomplir: création de laboratoires, expériences à tenter, et hypothèses à suivre en chimie, «...pour faire la science, il faut d'abord y croire ». Dans ce cadre qu'il aime, sous le soleil qui baigna sa jeunesse, à la tête d'une chaire de chimie dotée de 6.900 livres, il répète toutes les expériences des plus classiques aux plus suspectes. Son sens pratique le mène à des recherches personnelles, sur les sucres, les argiles, les moyens de limiter la consommation des soudes, l'emploi des laves et des basaltes pour avoir du verre bon marché, il analyse des roches et eaux minérales, publie un essai sur l'assainissement de l'air aux alentours des étangs. Il sent que ces recherches peuvent accroître
« l 'énergie productive de chacun et la prospérité de tous ». Ce grand principe de la solidarité économique nationale sera en 1814 la conception fondamentale du "système national " qui dominera l'œuvre et la vie de
Jean-Antoine Chaptal publié dans ses  "Mémoires de Chimie ". Mais il contrarie son oncle pour qui la médecine est première. Afin de continuer à bénéficier de son soutien et pour le mettre à l'abri de ses persécutions, il se marie et épouse Anne-Marie Lajard, très agréable jeune fille dont le père est un riche négociant en tissus de Lyon. S'aimaient-ils? En ce temps, on le découvrait après la noce mais Jean Antoine y trouva la joie sérieuse et le calme dont il eut besoin toute sa vie en devenant d'abord, outre chimiste, industriel et conseiller de sa province.


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Chaptal va entreprendre de bâtir, agencer et outiller des fabriques de produits chimiques, en particulier de l'acide sulfurique en bouteilles, de nouvelles techniques de travail du mortier d'abord dans le sud de la France puis sur tout le territoire en même temps qu'il obtient des agréments pour créer des universités avec l'aide des diocèses. Il se lance dans la chimie des teintures, dans l'amélioration de l'art du tannage, de l'impression du papier et des toiles. Quarante ans plus tard, il écrira "Je crois être le premier en France qui ait appliqué dans toute leur étendue les sciences chimiques aux arts; j'ai nationalisé quelques procédés inconnus jusqu'à moi..."  Il applique en son temps la science à l'organisation du travail et amorce la concentration des entreprises. Il fabrique en série poteries au four, alambics, rares de teinture et standardise les modèles.
Les jours passent, la monarchie n'en a plus pour longtemps, Jean Antoine est un industriel, un savant, un professeur et un économiste. Il publie beaucoup, au " Journal de Physique ", aux " Annales de Chimie ". Il est également Aide anatomiste à la Société Royale. Mais il reste un passionné de chimie et, attaché au Languedoc qu'il n'a jamais vraiment quitté, il s'intéresse à la fermentation des raisins et à sa conversion en acide acéteux, « Il y a trois causes nécessaires pour que la fermentation ait lieu....la matière muqueuse ou ferment et l'alcool, une température de 18 à 20 degrés et du gaz oxygène »Chaptal va poursuivre les travaux sur la distillation qui porteront son nom, la « chaptalisation » et le rendront célèbre.

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Campagne contre la chaptalisation

Il continue de publier, de constater, d'expérimenter. Parmi tous ses travaux, il s'occupe du clocher de Mende abimé par la foudre, regagne son Gévaudan, fait donner aux pauvres de Badaroux, n'oublie pas qu'il est toujours conseiller des Etats du Languedoc. On est à la veille de la Révolution.


PREMIERS PAS DANS LA VIE PUBLIQUE

Chaptal, malgré ses incessantes activités, se prend à croire que les fédérations décentralisées sont désormais la future architecture de la France. Il est élu à la commune de Montpellier et prend une part directe à son administration. Il s’attache aux affaires utiles, aux réformes vraies et ne croit ni aux rêves de Rousseau, ni aux attaques de Voltaire. Il se met au service de la liberté. La vie à Montpellier est devenue pénible et moins sûre. Les nouvelles de la Lozère sont mauvaises, il fait déménager sa famille au cœur du massif montagneux.
Lui rejoint Paris et, chose cachée et méconnue, retrouve la loge des Amis Fidèles au
Grand-Orient où il avait été admis dès son doctorat. Mais cette révolution qu'on a voulue si belle lui a déjà coûté beaucoup en privilèges. Ni royaliste ni girondin, il accepte de coordonner et de diriger les trente-deux départements méridionaux. Il s'empare de ces administrations et, par-là, prépare l'autre carrière qui va s'ouvrir à lui. Le Comité Révolutionnaire le nomme à la tête des Poudres et Salpêtre. Sa famille le rejoint à Paris quai Malaquais n°1915 où il est logé. La Terreur gronde, les entrepôts de Chaptal brûlent. Cinq ans passent, il démissionne de ses fonctions, repart sur ses terres de Lozère, redevient professeur et chercheur mais garde de solides amitiés dans la capitale.

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Il s’investit beaucoup dans les écoles de santé qui doivent, dans un premier temps, former des officiers pour la marine et l'armée. Le petit général corse a assuré à Campo Formio " la grandeur inouïe de l'Empire français ". Berthollet convainc son ami de revenir faire prospérer les industries chimiques dans la capitale. Chaptal s'installe rue de la Loi, en face de la rue Feydeau dans le quartier alors appelé Montmartre où il achète des terrains. Il fait connaître à l'Institut ses projets de réformes des Écoles de médecine, y est applaudi, élu et va devenir le Conseiller d'Etat de Bonaparte. Lors de ses exils languedociens, il avait réfléchi à une reconstitution de la France. La Révolution est close mais son ami Cambacérès est resté à la justice et Laplace, à l'Intérieur, est mal à l'aise.

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Claude-Louis Berthollet                                  Marie François Xavier Bichat

Le consulat est en place et le Premier Consul confie à Chaptal dont il apprécie la loyauté et le caractère, « l'étude de l'armature à donner au pays ». En un mois de labeur, il organise les 98 départements avec leurs préfets, réunit en 402 arrondissements5.105 cantons de la République et rend à 40.000 paroisses leur individualité et leur vie locale. Les chefs des départements sont choisis. Notre conseiller continue de superviser ses fabriques de coton, de publier au Bulletin Mensuel des Sciences et de retrouver son jeune ami Bichat, chantre de la nouvelle anatomie générale. Mais le voilà nommé au Département de l'Intérieur par intérim en novembre 1800, puis ministre de l'Intérieur en janvier 1801.


UN GRAND MINISTRE MÉCONNU

Pendant cette période, il a mis en place les préfets, sous-préfets, conseillers généraux et d'arrondissement y compris ceux de Paris. Ministre, il est maintenant chargé par
Bonaparte de rédiger un rapport sur l'instruction publique. Comment instruire et former la nation? Paru dans les colonnes du Moniteur, son projet de loi fut applaudi, commenté, attaqué: "pour présenter aujourd'hui un bon système d'instruction publique, il faut se placer entre ce qui existe et ce qui était avant la Révolution..."
On retrouve ses qualités de clinicien, la recherche d'une ligne directrice et la trace des écoles jésuites de son enfance. Ouverte à "tous les petits garçons de France...le maître de cette école sera choisi par le Conseil Municipal....pour enseigner l'art de lire, écrire, chiffrer et les premières notions du pacte social." Il aide à l’essor des collèges secondaires communaux et privés, mais très vite le Lycée va s’imposer avec uniformes, emplois du temps réglé et choix entre section littéraire et scientifique.
Chaptal va également créer "des écoles spéciales consacrées à la médecine, aux sciences appliquées, à la législation, à l'agriculture et à l'économie rurale, à l'art vétérinaire, à l'art du dessin et de la musique.  Les professeurs seront recrutés par concours ou cooptés." Il faut noter particulièrement la création de l'École des sages-femmes de l'Hospice de la maternité de Paris en 1802.

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S'agissant de l'administration globale de la France, il publie un in-quarto de 800 pages où l'on trouve aussi bien le nouveau système métrique, l'établissement de la première Caisse d' Épargne, la naturalisation des étrangers et la majorité des actes d'administration , mais fait aussi rétablir la fête de Jeanne d'Orléans. Il étudie les moyens de communication par canaux, la Belgique par St Quentin et le couloir rhodanien. Toujours industriel à titre privé, il privilégie Lyonnœud majeur des voies romaines dont il pressent l'essor industriel.
On a vu toute l'œuvre administrative, mais
Chaptal va avoir une autre priorité par fidélité à son éducation humaniste et provinciale, c'est combattre les misères par une réorganisation des hôpitaux dont l'église catholique avait un quasi-monopole sauf sur l’Hôtel-Dieu sécularisé en 1654. Chaptal va y introduire la spécialisation des services et des locaux. Il s’attaque également au « Grand Bureau des Pauvres » chargé de gérer la grande misère sociale et aux Hôpitaux Généraux plus ou moins implantés dans chaque ville ou gros bourg. Il forme d’abord les cadres administratifs se méfiant des médecins, classifie les établissements en fonction des pathologies, organise le Bureau central des Admissions et fait obligation du lit individuel. Il met en place la Pharmacie Centrale, la Boulangerie Centrale. La mortalité infantile qui pouvait avoisiner 90% des naissances lui est un déchirement, il avait créé l’école des Sages-Femmes, il donne beaucoup de moyens à son ancien maître Baudelocque, premier chirurgien accoucheur de l’époque. Enfin, il s’attaque à la prophylaxie sociale contre la variole. Lui-même et sa famille se font vacciner. Il n’oublie jamais ses jeunes années de médecin. Ses chères humanités le conduisent à rétablir les subventions de la « Charité maternelle » pour lutter contre les abandons d’enfants et met en place les dispensaires. Enfin, il fait prendre les mesures nécessaires pour humaniser les prisons et crée des ateliers d’état pour lutter contre la mendicité.


LE DÉCRET CHAPTAL ET SES COLIS

Chaptal considère que les beaux-arts doivent jouer leur rôle dans une grande nation. Il commence par faire restaurer le Louvre, envisageant d’y « réunir tout ce que renferme le Bibliothèque Royale…les livres au premier étage, les manuscrits et estampes au second, les statuts et la sculpture au rez-de-chaussée ». Le consul ne le suit pas. La restauration du Louvre eût lieu, pas la translation de la Bibliothèque. Mais le 1er septembre 1801, le consul signe un arrêté qui crée le réseau des musées de province, et Chaptal, toujours fidèle à son souci de pédagogie et à ses origines provinciales, déclare : « Paris doit se réserver les chefs-d’œuvre en tout genre mais un sentiment de justice implique que l’habitant des départements a aussi une part  sacrée dans… l’héritage des œuvres d’artistes français. ». Reste à définir le profil des villes qui vont en bénéficier. Il y a aussi le choix des œuvres, on pense alors uniquement aux tableaux. Le ministre veut envoyer un message de réconciliation nationale, sans se départir des motivations économiques et de la nécessité de répondre aux requêtes de certains députés.

Des réunions vont se succéder pour préparer les « envois Chaptal ». Il faut d’abord sélectionner les villes : lui a choisi Lyon, Toulouse, Bordeaux et Bruxelles. Y seront ajoutées  les grandes villes de province, pas Montpellier mais Genève et Mayance. Maintenant, il faut sélectionner les œuvres : une commission d’artistes est créée avec, entre autres, les peintres François-André Vincent et Jean-Baptiste Regnault, sous la direction de l’ancien page de Mme de Pompadour et ex-secrétaire du vieux cardinal de Bernis, Dominique Vivant Denon à qui Chaptal avait confié la direction des musées nationaux.
 

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François-André Vincent                                    Jean-Baptiste Regnault                                    Dominique Vivant Denon

846 tableaux seront sélectionnés, dont, il faut le noter, 160 provenaient de saisies faites à l’étranger. Il y avait alors 4.200 peintures entre le Louvre et Versailles, on en envoie qu’un cinquième. Denon eut fort à faire avec les arbitrages et le règlement des conflits. Il fallut négocier avec les maires, les préfets, dans un souci budgétaire, du coût des restaurations éventuelles et du transport.
Mais, les volontés politiques de
Bonaparte et de Chaptal, la contribution administrative sans ménagement de Denon ont engendré le réseau des musées en région. Les conservateurs de musées nouvellement installés poursuivront négociations et arbitrages entre « envois » de quelques œuvres magistrales et œuvres mineures dans l’esprit des « Commissions Chaptal ».
La politique patrimoniale a été mise en place, il peut poursuivre la modernisation de la capitale et du pays. Bien que provincial dans l’âme,
Jean-Antoine aime Paris. Après s’être attaqué au Louvre, il œuvre pour des quartiers neufs (déjà vers l’ouest), des ponts en bon état et des nouveaux et, l’assainissement de l’eau ! Il y fait organiser en 1801 et 1802, deux grandes expositions des produits de l’industrie française, les premières foires de Paris, qu’il voudra annuelles. Mais en 1803, c’est la rupture de la paix, Bonaparte devient Empereur, Chaptal retourne à ses chers travaux scientifiques, rentre à l’Académie en juillet 1803, devient sénateur en août 1804. Par lettres patentes, il a obtenu le titre de Comte Chaptal et de l’Empire en 1808.

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J A. Chaptal par Gros (1824)

LE PAIR DE FRANCE, LE PÈRE RUINÉ

En mars 1815, Napoléon revient et fait Chaptal Pair de France « pour services rendus par lui à la patrie ».
Il est riche, il avait acquis, entre autres, en 1802 le fabuleux domaine de Chanteloup, près d’Amboise, bien séquestré de l’ex-duc de Penthièvre, grand-père de Louis-Philippe. Il s’est constitué une très belle bibliothèque et une collection d’estampes et tableaux. Le vicomte Chaptal, son fils et unique garçon entre deux sœurs, est maire de Neuilly, député à la Chambre des Représentants et membre du Conseil général des Manufactures. Son père lui a laissé la direction des usines de produits chimiques et diverses branches commerciales de ses activités d’industrielles, alors à la pointe du progrès.
Le fils fait de très mauvaises affaires, la faillite est retentissante.
Chaptal revend la plus part des terres du domaine de Chanteloup à Louis-Philippe revenu aux affaires, cède les terrains de Montmartre où seront agencées la rue et la cité qui portent son nom dans le IX° arrondissement en 1825. Le jeune vicomte est proscrit, sa jeune femme décède, il s’exile à Mexico laissant à ses parents la charge et l’éducation de ses six enfants dont l’aîné n’avait que neuf ans. Chaptal vend alors le château de Chanteloup, l’hôtel de Mailly près d’Amblanvilliers. Il continue de s’investir dans des Chambres, Conseils, Jury d’expositions.
Il est reconduit Pair de France sous la Restauration. Il avait été fait Légionnaire et Grand Officier de la Légion d’Honneur en 1803 et 1804, il devient Grand-croix en 1825. Chaptal était un fidèle, il serait trop long d’énumérer les amis pour lesquels il intercède dans le milieu scientifique et médical ou qu’il accueille dans son hôtel particulier de la rive gauche, comme son vieux maitre
Barthez et son vieil ami Pinel.

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Dans une autre sphère, il a été promu Très Haut dignitaire du Grand Orient où il a l’habitude de retrouver son ami Cambacérès, Grand-Maître adjoint. Il retourne régulièrement à Badaroux, sa commune pour laquelle il a obtenu une subvention de 3.000 francs, il dote la cathédrale de Mende d’un magnifique ostensoir en argent massif enrichi de pierreries.
A Pâques 1832, le choléra sévit à Paris, il redevient médecin, aide aux secours mais il est fatigué, sa santé s’altère. Il s’éteint le 30 juillet 1832. Resté le bon chrétien de ses origines, ses obsèques sont célébrées solennellement en l’église Saint-Thomas d’Aquin le 1
er août. Il est enterré au cimetière du Père Lachaise. 

Chaptal a publié 47 rapports regroupés dans « Mémoires de Chimie » puis 23 autres dans « Chimie appliquée à l’Agriculture ». Il a laissé « Mes souvenirs de Napoléon » ou, sa propre biographie, publiés par son arrière-petit-fils.
Son nom est inscrit, parmi ceux des 72 savants auxquels elle rend hommage, sur la frise de la face Trocadéro de la Tour Eiffel. Deux lycées portent son nom, à Paris et  Mende, mais également de nombreux lycées professionnels comme Saint-Brieux, Quimper et Ambroise. Badaroux, dont le blason comporte en son centre celui de Chaptal rehaussé de l’ostensoir, lui a aménagé ce bel hommage.


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Un grand merci à Jacques Buisson de m’avoir prêté « La vie et l’œuvre de Chaptal » de Jean Pigeire - Editions Domat-Montchrestien imprimé à Bordeaux 1931.
Merci à Jean Aubert de m’avoir procuré une copie du travail de Vincent Pomarède, Conservateur général du patrimoine sur
« A l’origine des musées en région : le décret Chaptal 1801 » tiré des Dépôts de l’Etat au XIXe siècle, Ministère de la Culture et
de la Communication.





 

Dominique PIQUEMAL


 

© Dominique Piquemal- 2015 © 9e Histoire - 2015


 


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