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Zouave_1955.jpg
Le Zouave du pont de l'Alma lors de la crue de la Seine en 1955


PARIS ET SA RÉGION FACE À UNE CRUE CENTENNALE
 

En ce mardi 15 novembre pourtant pluvieux, la Seine était encore loin d’avoir atteint un niveau record excluant tout déplacement ! La salle du Conseil de la mairie a donc pu accueillir une assistance attentive pour une conférence un peu différente de celles que nous organisons habituellement.
En effet, il s’agissait pour Magali Reghezza, maître de conférences  à l’École Normale Supérieure et spécialiste reconnue en matière de crues, d’évoquer les problématiques que suscitent les épisodes de grandes crues de la Seine, sur Paris et la région parisienne. Le 9
e arrondissement est d’ailleurs aussi concerné par le phénomène car toute sa partie sud est située sur un ancien bras de la Seine.

Notre conférencière commença par définir le niveau d’une crue qualifiée d’exceptionnelle ou « centennale »  qui correspond à un niveau supérieur à 7 m, mesuré à l’échelle se trouvant au pont d’Austerlitz (et non à la hauteur de recouvrement du Zouave du pont de l’Alma, comme on pourrait le croire!). Celui-ci a d’ailleurs été déplacé à un autre emplacement du pont reconstruit après 1970, ce qui fausse aujourd’hui les mesures comparatives.

Les différentes crues historiques de la Seine sont ensuite  évoquées : 1658 (8,96 m) et 1740 (supérieure également à 8 m), avant celle particulièrement fameuse de 1910  (8,62m), car cette fois-ci photographiée. C’est ainsi qu’on conserve un témoignage  de la cour de Rome inondée, gare Saint-Lazare…

St_Lazare_Crue.jpg
Crue de 1910 devant la gare St Lazare

Magali Reghezza décrit alors le cadre général du bassin de la Seine représentant deux fois la superficie de la Belgique, vingt et un départements français et huit régions (causes de complications pour la gestion synchronisée d’une crise !).

La survenue de crues peut s’expliquer aussi bien pour des raisons géographiques (notion de bassin « versant ») que météorologiques (épisodes de pluies soutenues) qui contribuent à saturer les nappes phréatiques à différents endroits et empêchent les écoulements normaux. Les phénomènes de crues rapides concernent les affluents, l’Yonne, le Loing, le Grand et le Petit Morin, du fait notamment de leurs lits plus encaissés. Les crues lentes concernent davantage l’Aube et la Seine, elle-même, en amont de la Marne.
On distingue également plusieurs degrés dans les grandes crues, associées à leurs fréquences de probabilité dans l’année :  
« centennales » (1910), « cinquantennales » (1955), voire « vingtennales »(1982), etc.

 

Puis Magali Reghezza évoque  la crue de 1910 à Paris qui a frappé les esprits par ses lourdes conséquences à l’époque. À la suite d’un automne très pluvieux et d’un mois de janvier froid accompagnés de pluies soutenues, l’eau ruisselle en effet sur un sol souvent gelé et s’engouffre partout où elle peut dans le sous-sol parisien (galeries du métro, égouts, réseaux électriques, caves, etc.).
Pas de morts à déplorer, à part la girafe du Jardin des Plantes (!) mais beaucoup de dégâts compliquant la vie quotidienne des parisiens : 20.000 immeubles inondés, plus d’électricité, plus de gaz (à cette époque, le gaz servait pour l'éclairage), mais aussi plus de tramways, plus de trains, des lignes de métro partiellement interrompues, avec pour conséquences de bloquer la vie économique pendant des semaines (la Seine mit 45 jours à retrouver son étiage normal) !

carte_crue.jpg
Carte de la crue de la Seine en 1910

Notre conférencière traite alors des crues à venir qui devraient selon elle davantage concerner les banlieues à l’habitat de plus en plus dense, comme celle de juin 2016 qui a atteint 6,10 m à Paris, sans réels dommages dans la capitale (et survenue à une date d’ailleurs tout à fait inhabituelle suite à un printemps très pluvieux), car des mesures de protection ont été prises à Paris au fil des ans, à la suite de la catastrophe de 1910, pour limiter les effets de crues importantes : relèvement des murs des berges, isolation plus ou moins étendue des sous-sols des grands établissements publics (Louvre, BNF) se trouvant à proximité du fleuve, etc.

crue_centennale_1.jpg
Simulation des conséquences d'une crue exceptionnelle de la Seine au Louvre

La construction de quatre barrages-réservoirs en amont de Paris durant la deuxième partie du XXe siècle  (gérés désormais par l’Ètablissement Territorial Public de Bassin Seine Grands Lacs), ne représente en revanche qu’un effet assez limité, en réduisant simplement de quelques dizaines de centimètres le niveau de crue…

Magali Reghezza s’est montrée d’ailleurs assez alarmiste en évoquant la grande probabilité d’une catastrophe majeure en cas d’une nouvelle crue exceptionnelle qui ne manquera pas d’arriver à une date que nul ne peut prévoir suffisamment tôt ! Le problème  résulte effectivement  des sous-sols des zones fortement urbanisées, véritables  gruyères avec des multiples réseaux souterrains, qui ne pourront évacuer rapidement les trop-pleins d’eau avant plusieurs semaines. En outre, du fait de notre dépendance à l’énergie électrique, si d’aventure les circuits  sont hors d’usage, une multitude d’appareillages ne pourront plus fonctionner, à commencer par les pompes électriques censées évacuer l’eau, comme à la BNF par exemple ! 

Pour détendre l’atmosphère, un peu crispée par toutes ces informations inquiétantes (!), l’illustration présentée des Shadocks actionnant une pompe à main, fait alors sourire… 

Shadocks.jpg

Dans ce contexte nouveau, la vie quotidienne serait en effet fortement compliquée, à un degré bien supérieur à ce qu’ont pu connaitre les parisiens en 1910…  Les conditions de vie des habitants  pourraient même retrouver celles connues quelques siècles en arrière ! Ainsi plus de cinq millions de franciliens risquent d’être impactés par un épisode de crue centennale  aussi bien dans leur vie privée que professionnelle (transports paralysés).

Des exercices d’alerte crue commencent à se développer comme celui de mars dernier à Paris appelé « Séquana », permettant de vérifier les mesures prises dans certains lieux publics comme les musées (protection des œuvres),  mais qui posent la question de la difficulté de faire évacuer à temps des populations pouvant être très importantes, à la fois sur le plan logistique, humanitaire et sécuritaire, avec des conséquences pouvant s’étirer dans le temps, liées à un réseau d’assainissement saturé et porteur de germes, à la difficulté d’évacuer les déchets, etc.
Une sensibilisation du personnel politique semble s’avérer alors indispensable pour gérer au mieux l’événement en prenant à temps les bonnes décisions, mais cela ne va pas de soi !

Après que Magali Reghezza ait répondu avec beaucoup de compétence à de nombreuses questions, il était temps, si ce n’est de goûter aux bouteilles des caves de la Tour d’Argent, évoquées lors de la conférence, de se réconforter autour du traditionnel verre de l’amitié !      

    Zouave.jpg
Le Zouave lors de la crue de la Seine en juin 2016



Emmanuel FOUQUET

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Zouave_1955.jpg
Le Zouave du pont de l'Alma lors de la crue de la Seine en 1955


PARIS ET SA RÉGION FACE À UNE CRUE CENTENNALE
 

En ce mardi 15 novembre pourtant pluvieux, la Seine était encore loin d’avoir atteint un niveau record excluant tout déplacement ! La salle du Conseil de la mairie a donc pu accueillir une assistance attentive pour une conférence un peu différente de celles que nous organisons habituellement.
En effet, il s’agissait pour Magali Reghezza, maître de conférences  à l’École Normale Supérieure et spécialiste reconnue en matière de crues, d’évoquer les problématiques que suscitent les épisodes de grandes crues de la Seine, sur Paris et la région parisienne. Le 9
e arrondissement est d’ailleurs aussi concerné par le phénomène car toute sa partie sud est située sur un ancien bras de la Seine.

Notre conférencière commença par définir le niveau d’une crue qualifiée d’exceptionnelle ou « centennale »  qui correspond à un niveau supérieur à 7 m, mesuré à l’échelle se trouvant au pont d’Austerlitz (et non à la hauteur de recouvrement du Zouave du pont de l’Alma, comme on pourrait le croire!). Celui-ci a d’ailleurs été déplacé à un autre emplacement du pont reconstruit après 1970, ce qui fausse aujourd’hui les mesures comparatives.

Les différentes crues historiques de la Seine sont ensuite  évoquées : 1658 (8,96 m) et 1740 (supérieure également à 8 m), avant celle particulièrement fameuse de 1910  (8,62m), car cette fois-ci photographiée. C’est ainsi qu’on conserve un témoignage  de la cour de Rome inondée, gare Saint-Lazare…

St_Lazare_Crue.jpg
Crue de 1910 devant la gare St Lazare

Magali Reghezza décrit alors le cadre général du bassin de la Seine représentant deux fois la superficie de la Belgique, vingt et un départements français et huit régions (causes de complications pour la gestion synchronisée d’une crise !).

La survenue de crues peut s’expliquer aussi bien pour des raisons géographiques (notion de bassin « versant ») que météorologiques (épisodes de pluies soutenues) qui contribuent à saturer les nappes phréatiques à différents endroits et empêchent les écoulements normaux. Les phénomènes de crues rapides concernent les affluents, l’Yonne, le Loing, le Grand et le Petit Morin, du fait notamment de leurs lits plus encaissés. Les crues lentes concernent davantage l’Aube et la Seine, elle-même, en amont de la Marne.
On distingue également plusieurs degrés dans les grandes crues, associées à leurs fréquences de probabilité dans l’année :  
« centennales » (1910), « cinquantennales » (1955), voire « vingtennales »(1982), etc.

 

Puis Magali Reghezza évoque  la crue de 1910 à Paris qui a frappé les esprits par ses lourdes conséquences à l’époque. À la suite d’un automne très pluvieux et d’un mois de janvier froid accompagnés de pluies soutenues, l’eau ruisselle en effet sur un sol souvent gelé et s’engouffre partout où elle peut dans le sous-sol parisien (galeries du métro, égouts, réseaux électriques, caves, etc.).
Pas de morts à déplorer, à part la girafe du Jardin des Plantes (!) mais beaucoup de dégâts compliquant la vie quotidienne des parisiens : 20.000 immeubles inondés, plus d’électricité, plus de gaz (à cette époque, le gaz servait pour l'éclairage), mais aussi plus de tramways, plus de trains, des lignes de métro partiellement interrompues, avec pour conséquences de bloquer la vie économique pendant des semaines (la Seine mit 45 jours à retrouver son étiage normal) !

carte_crue.jpg
Carte de la crue de la Seine en 1910

Notre conférencière traite alors des crues à venir qui devraient selon elle davantage concerner les banlieues à l’habitat de plus en plus dense, comme celle de juin 2016 qui a atteint 6,10 m à Paris, sans réels dommages dans la capitale (et survenue à une date d’ailleurs tout à fait inhabituelle suite à un printemps très pluvieux), car des mesures de protection ont été prises à Paris au fil des ans, à la suite de la catastrophe de 1910, pour limiter les effets de crues importantes : relèvement des murs des berges, isolation plus ou moins étendue des sous-sols des grands établissements publics (Louvre, BNF) se trouvant à proximité du fleuve, etc.

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Simulation des conséquences d'une crue exceptionnelle de la Seine au Louvre

La construction de quatre barrages-réservoirs en amont de Paris durant la deuxième partie du XXe siècle  (gérés désormais par l’Ètablissement Territorial Public de Bassin Seine Grands Lacs), ne représente en revanche qu’un effet assez limité, en réduisant simplement de quelques dizaines de centimètres le niveau de crue…

Magali Reghezza s’est montrée d’ailleurs assez alarmiste en évoquant la grande probabilité d’une catastrophe majeure en cas d’une nouvelle crue exceptionnelle qui ne manquera pas d’arriver à une date que nul ne peut prévoir suffisamment tôt ! Le problème  résulte effectivement  des sous-sols des zones fortement urbanisées, véritables  gruyères avec des multiples réseaux souterrains, qui ne pourront évacuer rapidement les trop-pleins d’eau avant plusieurs semaines. En outre, du fait de notre dépendance à l’énergie électrique, si d’aventure les circuits  sont hors d’usage, une multitude d’appareillages ne pourront plus fonctionner, à commencer par les pompes électriques censées évacuer l’eau, comme à la BNF par exemple ! 

Pour détendre l’atmosphère, un peu crispée par toutes ces informations inquiétantes (!), l’illustration présentée des Shadocks actionnant une pompe à main, fait alors sourire… 

Shadocks.jpg

Dans ce contexte nouveau, la vie quotidienne serait en effet fortement compliquée, à un degré bien supérieur à ce qu’ont pu connaitre les parisiens en 1910…  Les conditions de vie des habitants  pourraient même retrouver celles connues quelques siècles en arrière ! Ainsi plus de cinq millions de franciliens risquent d’être impactés par un épisode de crue centennale  aussi bien dans leur vie privée que professionnelle (transports paralysés).

Des exercices d’alerte crue commencent à se développer comme celui de mars dernier à Paris appelé « Séquana », permettant de vérifier les mesures prises dans certains lieux publics comme les musées (protection des œuvres),  mais qui posent la question de la difficulté de faire évacuer à temps des populations pouvant être très importantes, à la fois sur le plan logistique, humanitaire et sécuritaire, avec des conséquences pouvant s’étirer dans le temps, liées à un réseau d’assainissement saturé et porteur de germes, à la difficulté d’évacuer les déchets, etc.
Une sensibilisation du personnel politique semble s’avérer alors indispensable pour gérer au mieux l’événement en prenant à temps les bonnes décisions, mais cela ne va pas de soi !

Après que Magali Reghezza ait répondu avec beaucoup de compétence à de nombreuses questions, il était temps, si ce n’est de goûter aux bouteilles des caves de la Tour d’Argent, évoquées lors de la conférence, de se réconforter autour du traditionnel verre de l’amitié !      

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Le Zouave lors de la crue de la Seine en juin 2016



Emmanuel FOUQUET

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Catégorie : - Echos du Terrain
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