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Une visite au sein de l’orthodoxie grecque
dans une rue cavalière… pas toujours orthodoxe !

 

En ce matin du 25 janvier 2018, c’est le vice-président du conseil paroissial de l’église des saints Constantin et Hélène, Pier Bakus, qui a accueilli un groupe 9ème Histoire particulièrement attentif. Peu de personnes sont au fait des rites et coutumes de cette église grecque orthodoxe 2 bis, rue Laferrière, appartenant au patriarcat œcuménique de Constantinople dirigé en France par son Éminence le Métropolite Emmanuel Adamakis dont le siège est la cathédrale Saint-Etienne, 7 rue Georges-Bizet dans le 16e arrondissement.

Pier Bakus commence sa présentation en expliquant le double vocable de l’église, qui reprend les deux noms de l’empereur Constantin (306-337 ap. J.C) et de sa mère Hélène (+330 ap. JC), Chrétienne de basse extraction. Il rappelle que Constantin 1er a réuni sous son unique autorité l’empire romain auparavant divisé. L’empereur Constantin établit aussi la liberté de culte en mettant fin aux persécutions des Chrétiens (édit de Milan 313) et aux dissensions des Églises d’Orient (concile de Nicée, 325) et fonde en 330 une nouvelle capitale à son nom Constantinople (l’actuelle Istanbul), la deuxième Rome.


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L’église grecque de la rue Laferrière quant à elle a été créée en 1937 à l’initiative d’émigrés désirant établir leur lieu de culte dans un endroit moins cossu que le 16e arrondissement… C’est à la suite d’une opportunité immobilière qu’ils s’établissent dans notre arrondissement, en occupant un appartement de rez-de-chaussée de taille moyenne rue Laferrière, bientôt agrandi par l’intégration de la cour côté rue qui devient après sa couverture, une sorte de narthex de l’église elle-même.

Après nous avoir précisé que le calendrier orthodoxe comporte treize jours de retard sur le calendrier grégorien utilisé habituellement et que les prêtres pouvaient être déjà mariés lors de leur ordination, ce qui diffère beaucoup de la religion catholique, Pier Bakus nous indique que la liturgie est toujours célébrée en grec liturgique dans cette église, peu fréquentée malheureusement par les jeunes générations qui ne pratiquent plus le grec …  En revanche la salle accueillant les cours de danses traditionnelles remporte beaucoup plus de succès auprès d’eux ! Il y a par ailleurs davantage d’obsèques célébrées dans cette église que de baptêmes ou de mariages, pour lesquels beaucoup de familles préfèrent aller en Grèce directement par les moyens aériens « low cost » …

C’est le 21 mai qu’a lieu tous les ans la fête de l’église à l’occasion de la Saint-Constantin qui réunit beaucoup de monde et où est sorti (ainsi que les Vendredi et Samedi Saints) l’Epitaphios, grand tissu richement brodé, accroché habituellement sur le mur du fond de l’église. 

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L'Epitaphios

Pier Bakus décrit l’église de taille réduite donc ici, en rappelant que sa structure reste liée aux spécificités du culte orthodoxe qui sépare matériellement le profane du sacré, avec la séparation de la nef et du chœur où se trouve l’autel, celui-ci devant resté en théorie à l’abri des regards. Ainsi trouve-t-on, en raison de l’exiguïté du lieu et de la faible hauteur de plafond, une simple iconostase en bois (appelée initialement chancel) sur un seul niveau, fabriquée récemment en Grèce puisque refaite il y a une dizaine d’années, qui a remplacé des colonnes auxquelles étaient suspendues d’anciennes icônes désormais placées au fond du chœur. On trouve aussi à droite le fauteuil figurant le siège du Christ et où peut s’asseoir l’évêque lors de ses visites.


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Le siège de l'évèque
 

Pier Bakus nous décrit alors la disposition classique de l’iconostase orthodoxe avec ses trois entrées.  L’entrée du centre est fermée par deux battants de porte appelés « Portes royales ». Elles ouvrent sur l'autel auquel seul le prêtre peu accéder et présentent l'image de l'Annonciation. Sur les deux portes latérales (appelées « Portes diaconales ») figurent les archanges saint Michel et saint Gabriel. À droite des portes royales, se trouve l'icône du Christ bénissant, ici surmontant un globe terrestre à la forme plutôt d’un ballon, plaisante Mr Bakus ! À gauche l’icône de la Vierge Marie tenant le Christ, foulant un curieux tapis d’herbe.

 
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Icônes de la Vierge et du Christ

Ces deux images structurent l'espace liturgique et les gestes des participants. À côté de l'icône du Christ se trouve celle de saint Jean-Baptiste puis d'autres icônes de saints. Des reliques de saints ont été déposées à l’intérieur de l’autel lors de la consécration de l’église. Cette partie du chœur ménage également un petit espace faisant office de sacristie, faute d’autre place ! 

Isabelle Delacroix, iconographe, nous parle plus précisément des icônes, en rappelant que les premières proviennent du Fayoum en Egypte où on a retrouvé de très anciens portraits peints du temps de l’Égypte romaine. Des icônes peintes traditionnellement avec de la cire d’abeille chaude ont également été trouvées dans les Catacombes. Dans l’église on en trouve beaucoup sur les murs de la nef (mais aucune statue comme le veut la religion orthodoxe). Elles datent pour la plupart du XIXe  et XXe  siècles et certaines sont façonnées en argent repoussé, ce qui permet de recouvrir les peintures précédentes, car la tradition autorisait de superposer successivement plusieurs représentations religieuses sur ces icônes.

Après nous avoir confirmé que les célébrations chantées du dimanche pouvaient être très longues (3 h !), avec un véritable contenu théologique différent d’une messe à l’autre, Pier Bakus nous révèle dans un sourire que celles-ci peuvent se terminer aussi au café du coin de la rue pour échanger autour d’un verre !


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Icônes en argent repoussé

Il était temps alors de quitter ce lieu spirituel et un peu secret pour suivre la visite de la rue Laferrière conduite par Didier Chagnas.

La petite rue en forme de croissant, 200 m de long environ, débouche sur la rue Notre-Dame-de-Lorette d’un côté et la rue Bréda (actuelle rue Henry-Monnier) de l’autre. Elle était fermée par des grilles jusqu’en 1882. La voie a été ouverte sans autorisation en 1832 sous le nom de passage Laferrière, en hommage au général Louis de Laferrière-Lévêque (1776 - 1834), commandant de la garde nationale à cheval à cette date. Sous le règne de Louis-Philippe, beaucoup de gardes nationaux de Paris et non des moindres (Vatry, Bénazet père … et l’État- Major) sont domiciliés rue Laferrière et dans le quartier.


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Plan du quartier St Georges ca 1850 - Visite de la rue Laferrière conduite par Didier Chagnas
 

 Cf. L’almanach national et royal années 1830-40

TREIZIÈME LÉGION (Cavalerie). État-Major, rue Laferrière, 3, quartier Saint-Georges (1845)

M. de Vatry #, Capitaine d'armement, rue de Vatry, 2(1834)

M. Benazet père #, Lieut.-Col., rue de Laferrière, 5, à Paris. (1844)

Notre guide nous fait remarquer la qualité de l’immeuble du n° 2 rue Laferrière commun avec le 18 de la rue Notre-Dame-de-Lorette. Construit en 1836 par Pierre Lemarié, l’ensemble comporte une vaste cour pavée avec remises et écuries pour les chevaux, deux portes cochères (une sur chaque rue, permettant une double circulation) ornées de grilles en fonte. Nadar eut son atelier 18 rue Notre-Dame-de-Lorette au cinquième étage, avant de s’installer rue Saint-Lazare. L’abbé Caillebotte curé de Notre-Dame-de-Lorette y a demeuré jusqu’à sa mort en 1896.


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Le 3, rue Laferrière
 

Sur le trottoir opposé, le n° 1 et le n°3 occupent deux parcelles provenant de l’ancien hôtel de Vatry (20 et 22 rue Notre-Dame-de-Lorette et 22 place Saint-Georges) et de la maison plus petite, 24 place Saint-Georges, détruits en 1879. Alphée Bourdon de Vatry (1793 -1871) militaire, agent de change et député de la Meurthe pendant la Monarchie de Juillet avait fait construire une deuxième maison à côté de son hôtel principal. Cette maison 3 rue Laferrière aurait abrité l’État-Major de la garde nationale, et un établissement de bains. Beaucoup plus tard, l’immeuble du 3 avec son numéro ouvragé lui a succédé, devenu  un hôtel … de passage(s).

Le portail métallique du n°5 de belle largeur masque en partie l’entrée et la cour de l’hôtel du 24 rue Saint- Georges (à côté de celui dit de La Païva). L’entrepreneur Pierre Lemarié a vendu cette maison en 1839 à Jacques Bénazet (1778-1848) ancien directeur de la ferme des jeux de Paris (les salles de jeu sont interdites à Paris depuis 1836) et fondateur du casino de Bade. À droite de la cour, on aperçoit une aile néo-classique d’une grande sobriété et l’on devine les remises et les écuries au rez-de-chaussée. À gauche, un petit bâtiment en brique et pierre (aujourd’hui la maison du gardien) a été ajouté en 1883 sur le terrain de l’ancienne maison Vatry. Un atelier de même style (brique et pierre) a été construit côté place.

 En face au n°6, un grand ensemble à usage de bureaux avec parking souterrain a été construit dans les années quatre-vingt-dix, à la place de l’ancien hôtel particulier construit en 1852 pour Francois Gaillard, propriétaire également du 27 rue des Martyrs où Géricault aurait eu son dernier atelier. Au 7 de la rue, derrière l’hôtel dit de La Païva, siège aujourd’hui l’Union des Associations Familiales de Paris, qui ignore probablement que se trouvait en face, au 10 bis, une maison mal famée surveillée par la police. Le numéro 10 bis a d’ailleurs disparu.

Au 11 et 11 bis s’élevait côté rue l’hôtel Samuel Welles (également 30-32 place Saint Georges) qui hébergea un temps la comtesse Le Hon (Fanny Mosselman, 1808-1880). Balzac l'appelait « Iris au regard bleu, l'ambassadrice aux cheveux d'or ». La première ambassadrice de Belgique en France est pendant vingt ans, la maîtresse en titre de Morny. Au 12 de la rue, dans un immeuble assez simple, est né le 18 mars 1842 Étienne dit Stéphane Mallarmé, futur maître de l’hermétisme en poésie. Il sera professeur d’anglais dans deux lycées du 9e : Fontanes (actuel Condorcet) de 1872 à 1874, puis Rollin (actuel Jacques-Decour) en 1885, où il se fera plutôt chahuter… Mallarmé recevait chaque mardi chez lui, au 4 e étage, rue de Rome. Paul Verlaine, Émile Zola, Edouard Manet, Renoir, André Gide, Paul Claudel, Henri de Régnier, Debussy puis Oscar Wilde et Paul Valery faisaient partie de ses auditeurs. C’est au 12 également qu’habitaient le peintre Auguste Biard et son épouse Léonie d’Aunet, femme de lettres et exploratrice, de vingt ans sa cadette. Victor Hugo rencontra Léonie (probablement chez Fortunée Hamelin) en 1843.  Leur liaison dura sept ans. Pris en flagrant d’adultère en 1845, Hugo qui fait valoir son immunité de pair de France, est relâché. Léonie est conduite à la prison pour femmes de Saint- Lazare où elle est détenue pendant deux mois, le reste de sa peine est commué à six mois de couvent.

 Au 14, l’occasion nous est donnée d’entrer dans un immeuble bourgeois porte cochère, remises et écuries. Au 16 de la rue, dans une chambre meublée du premier étage, le petit Paul Léautaud (1872-1956) qui habitait enfant avec son père 21 rue des Martyrs, venait dans les années 1880 rendre visite à sa mère, Jeanne Forestier, chanteuse d’opérette, lorsqu’elle était à Paris, comme il s’en souvient dans « Le petit ami ». Au n° 20 (façade Graphilec) les fenêtres sont celles de l’immeuble où Guy de Maupassant a logé pendant cinq ans (1876-1880). L’entrée se trouve au 17 de l’actuelle rue Clauzel (et non pas au 19 comme l’indique la plaque). Les locataires de l’immeuble étaient principalement des femmes, sa voisine de palier était danseuse et la rue Laferrière un vivier d’inspiration.

La pluie arrivant, Didier Chagnas termine la visite par une anecdote sur la poétesse Louise Colet qui tenait salon au n°2 de la rue Bréda (actuelle rue Henry- Monnier) dans la maison d’angle (intersection de la rue Laferrière au n°29 et de la rue Notre-Dame-de-Lorette au n°40). Cette maison qui date de 1837 est une des plus anciennes du lotissement.

Alors que Louise Colet attendait la naissance de sa fille, Alphonse Karr, directeur-rédacteur de la revue satirique « Les guêpes » révèla : « Madame Louise Colet souffre d'une enflure due à une piqûre de Cousin » (Victor Cousin, par ailleurs ministre de l’Instruction publique à ce moment-là, était sans doute le géniteur …). Pour se venger, la salonnière poignarde avec un couteau le journaliste dans le dos. Karr ne porta pas plainte mais exposa le couteau avec l’inscription : « Donné par Louise Colet...dans le dos ».

Décidément une rue pas tout à fait orthodoxe …


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Emmanuel FOUQUET avec l'aimable et précieuse collaboration de Didier Chagnas.
  


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© 9ème Histoire 2018


Date de création : 28/01/2018 : 18:24
Catégorie : - Echos du Terrain
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