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rue tour d'auvergne republique des lettres et des pinceaux

LA RUE DE LA TOUR D’AUVERGNE

UNE REPUBLIQUE DES LETTRES ET DES PINCEAUX

Par Jean Aubert

1 rue de La Tour d'Auvergne XIXe XXe siècle

Carte postale de la rue  fin du XIXe / début XXesiècle

Dans un quartier naguère perdu aux confins de Paris, où résidèrent nombre d’artistes et gens de lettres, l’histoire de la rue Louise-Emilie de La Tour d’Auvergne ( nom complété par le prénom depuis 2019) présente quelques difficultés. La numérotation des rues de Paris ayant été mise en place par le préfet Frochot sous l’Empire, le numérotage évolua et se fixa tardivement au fil des modifications foncières et des constructions d’immeubles.

Dans un numéro du journal Les Guêpes  dont il était le seul rédacteur, Alphonse Karr note que « la rue est numérotée de telle sorte, et cela depuis plusieurs années, qu’un homme qui demeure rue de La Tour d’Auvergne est plus introuvable que s’il demeurait dans la Forêt noire » et d’ajouter « il y a dix maisons entre le numéro 13 et le numéro 14, certains sont triples, d’autres n’existent pas…. Les numéros 21 sont multipliés à l’infini et sont beaucoup plus loin que le 29 ».                                                

C’est, semble-t-il, au n° 33 actuel, que Théophile Gautier lui rendit visite : « Je me retrouvais chez mon ami Alphonse Karr, il était assis sur un divan de lampas jaune, avec sa pipe allumée… je me mis à aspirer lentement la fumée enivrante … (extrait de La Pipe d’opium, 1838).   

2 A.Karr et ses guèpes par  H.Mailly 1867

A. Karr et ses guèpes par H. Mailly. Une du journal Le Hanneton, 1867

Victor Hugo lui-même dit habiter au 37 de la rue alors même qu’il résida dans un immeuble qui porte aujourd’hui le n° 41.    

Plutôt qu’un annuaire par numéros,  très aléatoire, nous ne retiendrons d’abord que quelques lieux et quelques personnages.

Un chemin existait là, dès le XVème siècle, appelé plus tard chemin de la Nouvelle France. Des plans anciens attestent de la présence de moulins du côté de l’actuelle rue des Martyrs. En 1760, ce chemin prend le nom d’une abbesse de Montmartre de 1727 à 1731, Louise-Emilie de La Tour d’Auvergne. Les plans établis au XVIIIème siècle permettent de voir quelques constructions avec des jardins au revers ainsi que de nombreuses parcelles non encore bâties.                                                                    En 1788, s’élève (n°30) un hôtel occupé sous l’Empire par Marie-Marguerite Vadé de L’Isle, danseuse de l’Opéra. Citons aussi la maison construite par Pierre Ronssin, inspecteur des chasses à Crécy-en-Brie, maison rachetée par André d’Hautevoine, bourgeois de Paris, pour ses deux filles, élèves de l’Académie royale de musique et pensionnaires du Roi.

L’urbanisation, dès les premières décennies du XIXème siècle, s’accentue et une nouvelle population y apparaît ; la bourgeoisie parisienne remplace  les demoiselles de l’opéra ou du théâtre,  entretenues par quelques grands seigneurs.  A l’époque romantique, nombre d’artistes et d’écrivains  vont s’installer dans ce quartier encore modeste mais proche des boulevards et des théâtres.                       Au n° 3 de la rue, à l’emplacement de l’actuel n° 1, y résident un chanteur, un danseur, un membre de l’orchestre de l’Opéra ainsi que deux peintres. La joyeuse vie de Bohème ? Sans doute, encore que !!!  Car c’est dans cet immeuble que vivait alors, dans une mansarde, le jeune écrivain Henry Murger qui avec, entre autres, le poète Adrien Lelioux et Nadar, avait fondé la Joyeuse compagnie des buveurs d’eau, seule boisson de ces jeunes gens impécunieux.

3 Henri Mürger par Nadar1857

Henry Murger par Nadar, 1857

 Le critique d’art et journaliste Champfleury qui en fut membre, nous en rappelle les règles : « Un loyer ne doit jamais être payé, tout déménagement s’effectue par la fenêtre… » Le percement de la rue de Maubeuge, sous Napoléon III,  a fait disparaître ce haut lieu de la vie romantique. C’est sans doute là qu’il convient de situer les Scènes de La vie de bohème dans lesquelles Murger apparaît sous le nom de Rodolphe, son héros malheureux.                                                                                                                                                      En ce milieu de siècle, quelques écrivains résidaient dans cette rue, Louis-Emmanuel Dupaty, propriétaire de sa maison,  et Jean-Baptiste Lafitte, auteurs dramatiques dont les œuvres connurent un grand succès dans les années 1830-1840.  Le célèbre poète et chansonnier Pierre-Jean de Béranger, après des séjours à la prison de la Force et plusieurs adresses dans le quartier, y finit son existence. Chateaubriand, dans les Mémoires d’outre-tombe, évoque le lieu : « Dans cette rue à moitié bâtie, à demi-pavée et dans une petite maison retirée derrière un petit jardin (actuellement le n°30) vous trouverez l’illustre chansonnier. Une tête chauve, un air un peu rustique mais fin et voluptueux…. ».  Imaginons une conversation entre le poète polémiste célébrant les gloires de la Révolution et de l’Empire et son voisin du n°23 de la rue, le farouche républicain Godefroi Cavaignac, mort le 5 mai 1845, dont les funérailles furent suivies par une grande foule d’opposants au régime de la Monarchie de Juillet. Le frère de celui-ci, le général Eugène Cavaignac, le futur et brutal gouverneur d’Algérie puis candidat malheureux à l’élection présidentielle de 1848, résida quelque temps au n°23 de la rue, auprès de sa mère et de son frère.

Lors des émeutes du 24 juin 1848, Victor Hugo, chassé de son appartement de la place des Vosges, est en quête d’une nouvelle résidence. Le 13 octobre, il s’installe dans un grand appartement au premier étage d’un bel hôtel néoclassique, un corps central avec rotonde et deux ailes en retour donnant sur une terrasse et un jardin : l’ancien n° 37, rue de La Tour d’Auvergne.

4 41 rue Tour d'Auvergne depuis terrasse

Façade à deux ailes, avec rotonde, côté jardin, n°41 (ex 37), rue de La Tour d’Auvergne © H. Tannenbaum

 Selon Théophile Gautier « c’est une vaste et solitaire maison propice à la rêverie et au travail…..Le goût particulier du poète se déclarait, car nul n’a plus imprimé le cachet de sa fantaisie aux lieux qu’il habitait …. le petit salon d’attente, revêtu de cuir de Cordoue gaufré et doré, encadrant deux panneaux de tapisserie gothique de très vieille date, plus ancienne même que la tapisserie de Bayeux … une cheminée en chêne sculpté, une glace à cadre de terre cuite où se déroulaient les principales scènes du roman de Notre-Dame de Paris … »                                                                                                                                                                        Dans ce vaste appartement - Madame Fortunée Hamelin qui avait été l’une des enchanteresses du Directoire, occupe le rez-de-chaussée - la famille Hugo mène une vie mondaine, y recevant écrivains, artistes et hommes politiques, parmi lesquels le président élu de la République, Louis-Napoléon Bonaparte. Juliette Drouet réside à proximité, dans la cité Rodier, aujourd’hui rue de l’Agent Bailly.

Après le coup d’Etat du 2 décembre 1851, Victor Hugo tente d’organiser la résistance. Brillant orateur, il déclare à l’Assemblée nationale : « Qu’est ce que la prolongation du pouvoir ? C’est le consulat à vie ! Où mène le consulat à vie ? à l’Empire ! … Parce que nous avons eu Napoléon le Grand, il faut que nous ayons Napoléon le Petit !... »  Fervent opposant au nouveau pouvoir, pourchassé par la police, c’est, muni d’un faux passeport, qu’il quittera Paris le 11 décembre pour Bruxelles. Une légende veut qu’il se soit échappé par un escalier communiquant avec l’actuelle cité Charles Godon depuis la terrasse du 41, rue de la Tour d’Auvergne, voie étroite rejoignant plus bas la rue Milton.

5 Escalier Cité Charles Godon

Escalier descendant vers la cité Charles Godon et la rue Milton © E.Fouquet

Quelques décennies plus tard, son appartement sera occupé  par le célèbre metteur en scène Charles Dullin. Dans son salon en rotonde, garni de nombreux tableaux représentant son cher Atelier, Dullin y a installé « une vaste cage qui est la prison dorée d’Isidore » un grand geai qui accueille les visiteurs de son propriétaire.

 Outre le futur général Eugène Cavaignac et le colonel Jean-Charles Langlois, la gens militaire n’y est présente que par deux personnages atypiques. Au n°13 de la rue, vit le général Jean -Baptiste Berton, héros de la bataille de Waterloo. Demi-solde en 1815, il prend la tête d’une conspiration. En 1822, à la tête de 150 hommes, il établit un gouvernement provisoire à Thouars ! Opération improvisée, c’est une conspiration d’opérette. Arrêté à Saumur et condamné à mort, il sera fusillé sur la place de la Liberté à Poitiers.                                                                                                                                                             Quelques décennies plus tard, résidant au n° 44 de la rue, Charles Mayer est colonel de la Commune. Il sera aussi condamné à mort, peine commuée en déportation en Nouvelle Calédonie.

Les almanachs et les catalogues des Salons du XIXème siècle mentionnent sept ateliers de sculpteurs et trente deux ateliers de peintres dans une rue qui ne dépasse guère plus de quatre cents mètres de long.

L’atelier qu’occupe Ernest Carrier-Belleuse, de 1855 à 1877, est au n°15 de la rue.

6  Plaque Carrier Belleuse

Plaque Carrier Belleuse

C’est un des artistes les plus prolifiques du siècle, y formant de nombreux élèves parmi lesquels Falguière et Rodin. Parmi ses œuvres nombreuses, nous ne citerons que les grandes statues et torchères du grand escalier de l’Opéra Garnier et le Messie de l’église Saint-Vincent de Paul.

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 Le Messie de Carrier-Belleuse, chapelle de la Vierge,  église Saint-Vincent de Paul

Parmi les peintres, Théodore Chassériau a, de 1838 à 1840, son atelier au n°23 de la rue. C’est dans « son charmant atelier et son jardin admirable » qu’il exécute la célèbre Vénus anadyomène exposée aujourd’hui au musée du Louvre.  

8 Vénus Anadyomène par Chassériau

Vénus Anadyomène par T. Chassériau, 1838 © musée du Louvre

Chassériau est très lié à un peintre qui occupe l’hôtel de sa famille au n° 43, Paul Chevandier de Valdrome. Son frère sera ministre de Napoléon III. Il avait contracté un mariage peu apprécié de sa famille, avec une actrice d’origine modeste qui se produisait aux Théâtres des Variétés et de la Porte Saint-Martin ainsi qu’au palais de Compiègne. Paul Chevandier  est paysagiste dans la tradition néo-classique, en réaction à la peinture romantique. Le musée du Louvre a récemment acquis une de ses œuvres. Si Baudelaire se montre sévère à son égard, Théophile Gautier est admiratif dans les notices qu’il lui consacrât. Chevandier a constitué une belle collection de tableaux (œuvres de Chassériau, Louis Cabat, Gustave Moreau, etc…). Il est évidemment l’ami de nombreux artistes qu’il réunit dans ses salons : Il est ami de Frédéric Chopin qui s’inspira, semble-t-il, d’une soirée plutôt funèbre chez Chevandier pour composer la célèbre Marche funèbre de sa sonate n°2 pour piano.                      

 Le jeune William Bouguereau habita dans la rue jusqu’en 1849, avant son départ pour la Villa Médicis à Rome. Eugène Fromentin, résidant au n°38, auteur du célèbre roman Dominique, est l’un des représentants majeurs de la peinture orientaliste. Citons aussi  le peintre Constant Troyon dont le nom et les œuvres évoquent l’Ecole de Barbizon. Et encore Toulouse-Lautrec qui y eut occasionnellement  un atelier et Modigliani qui séjourna plusieurs mois dans un hôtel qui existe toujours au n°10.                                                                                                                                                   Jean-Charles Langlois occupe une place à part dans l’histoire militaire et artistique. Ses exploits aux batailles de Wagram et de Waterloo lui avaient valu le grade de colonel. Mis en demi-solde à la Restauration, il dut interrompre sa carrière militaire. Avant d’être réintégré dans l’armée, il avait entrepris, dans les ateliers de Girodet et de Vernet, une carrière de peintre. Installé au n°47 de la rue, il peint des batailles de la période impériale qui seront acquises par le roi Louis-Philippe pour le musée du château de Versailles. Puis, ayant recours à la photographie, il exécutera d’immenses scènes de batailles, celle de Solférino entre autres, qui seront montrées dans le Panorama des Champs-Elysées où elles connurent un grand succès.

9 Plaque Bizet 26 Tour d'Auvergne

Plaque Georges Bizet © E.Fouquet

La muse Euterpe est moins présente dans cette rue, sinon, au n° 26, avec la naissance en 1838 de l’auteur du célèbre opéra Carmen,  Georges Bizet et au n° 24, la résidence d’Ernest Reyer dont la musique, d’après Eugène Delacroix, n’avait  «rien de commun avec la démarche tantôt affectée, tantôt dégingandée de la muse parisienne ». Ses œuvres sont rarement jouées aujourd’hui.    

7 avril 1912, 48, rue de La Tour d’Auvergne. L’inspecteur Jules Belin y arrête Raymond Guillemin dit Raymond la Science, de la bande à Bonnot, groupe anarchiste et criminel qui avait semé la terreur pendant plusieurs mois. Le lendemain, le Petit Parisien publia en pleine page une photographie de la cour du n°48. C’est le même inspecteur Belin qui arrêtera Landru le 12 avril 1919, au n° 76, rue de Rochechouart.

10 le Petit Parisien du 8 avril 1912

 Le Petit Parisien, 8 avril 1912

Un masque de comédie orne le linteau de la porte de l’immeuble sis 22, rue de La Tour d’Auvergne, témoin d’une ancienne salle de spectacles. En 1843 ou 1844, un artiste lyrique de l’Opéra-Comique, Etienne Moreau-Sainti, y avait créé une Ecole lyrique pour la formation des jeunes gens.

11 22 rue de La Tour D'Auvergne

linteau du 22 rue de la Tour d’Auvergne © E.Fouquet

Dans « un joli petit théâtre », on y donnait des spectacles. « Il est particulièrement consacré à la musique et on y exécute parfois jusqu’à de grands opéras ». L’hiver on y donnait des bals masqués. « Des jeunes gens de bonne famille louaient quelquefois la salle pour des représentations diurnes ».                                     Selon Charles Monselet, « l’Ecole lyrique a cela de particulier qu’on y apprend tout, sauf le chant ».   Devenu un temps Ecole des jeunes Artistes, la salle devient en 1857 un théâtre sous la direction d’Achille Ricourt, fondateur de la revue L’Artiste qui publiait des textes de Balzac, Delacroix, Devéria et des gravures de Daumier. Ricourt est une forte personnalité : « Tous les arts lui sont familiers, et cependant il ne s’est adonné à aucun exclusivement : s’il eut voulu en prendre la peine, c’eut été un grand acteur, ou un grand peintre ou un grand poète. Il a préféré se mêler de tout et de ne rien être » (Félix Savard). Jules Janin lui consacra deux vers :

«  Sur la scène, jamais il ne voulut paraître

Il fit des comédiens et ne daigna l’être »

Dès son arrivée, avec l’aide d’un ancien machiniste du Théâtre des Variétés, il fit exécuter des travaux : « de gentilles petites loges remplacèrent des stalles de pourtour et de galerie, tout fut bouleversé, amélioré ». La salle contenait plus de cinq cents places. Dans le foyer du public, Ricourt expose les tableaux de sa collection personnelle dont des œuvres de Ribera, Mignard ou Mme Vigée-Lebrun. Et dans le jardin, on construit un hangar pour remiser les décors.                                                  Depuis 1860, ce “Théâtre des jeunes Artistes“ assurait la formation de jeunes artistes parmi lesquels Madame Agar, Rachel ou Mounet-Sully. Marguerite Bellanger, dernier amour de Napoléon III s’y fit entendre. Sur la rue « une petite boutique n’inspire aucune considération… une petite salle remplie de fumée et de tabac, c’est un estaminet », le café Prud’hom.  « un corridor long et sinueux est tapissé d’adresses de costumiers… il aboutit à une salle de théâtre, très habilement distribuée dans ses minimes proportions, mais délabrée à un tel point que les larmes vous en viennent aux yeux » (Charles Monselet, Le musée secret, 1859). De mauvaises affaires furent à l’origine de la destruction de ce théâtre en 1880, un immeuble de rapport  sur cour le remplaçant dès 1881.

12 façade décorée 31 rue de la Tour d'Auvergne

Lettres décorées de l’alphabet sur la façade de l’école au n°31 © E.Fouquet

Outre l’école municipale, aujourd’hui collège Paul Gauguin, construite en 1889 par l’architecte Charles Morel qui y fit figurer les lettres de l’alphabet en céramique, il convient de citer la Pension Springer, (aux nos 36 et 38 de la rue). Dans cette école destinée aux enfants juifs du quartier, les enseignements étaient axés sur le commerce et les langues étrangères ; Henri Bergson et Georges Mandel en furent élèves avant de poursuivre leurs études au lycée Condorcet.

Jusqu’au XIX° siècle, la formation des dentistes n’était pas distincte de la médecine. C’est au n° 43 de la rue que le Docteur Charles Godon, président du Cercle des dentistes de Paris, crée une première école privée de formation, pour quarante-cinq élèves ; elle est inaugurée le 13 novembre 1880.

13 plaque Ecole dentaire côté  cité Charles Godon

plaque école dentaire côté cité Charles Godon © E.Fouquet

Rue de La Tour d’Auvergne, une rue industrielle ?  Près de l’emplacement de l’immeuble natal de Bizet au n°26, une usine à gaz payée par la Liste civile pour l’éclairage de l’opéra de la rue Le Peletier, il faut évoquer l’usine Chaboche (n°30). Les vieux Parisiens se souviennent encore des poêles à feu continu Salamandre, plus élégants que les poêles Godin et dont divers modèles de styles Renaissance ou Louis XVI s’harmonisaient avec le mobilier. De 1900 à 1906, l’entreprise produisit même des voitures et des camions à vapeur. Des salons d’exposition avaient été aménagés dans l’hôtel naguère occupé par Marie-Marguerite Vadé et Béranger.

14 anciene usine Chaboche 30 Tour d'Auvergne

Ancienne usine Chaboche au n° 30   © Paris Musées

Entreprise liquidée en 1953-1954, la haute cheminée en briques y subsista longtemps. Ces vastes espaces furent remplacés par un triste immeuble, centre de tri de la Poste. Le mouvement Emmaüs y ouvrit, un temps, un centre de distribution.

Mais nous ne pouvons clore cette promenade sans énumérer les habitants de cette rue qui, moins célèbres, se sont néanmoins distingués dans divers domaines.                                                                      Citons des acteurs, Raimu vers 1910, Noël Roquevert et Paulette Noizeux, quelques musiciens tels le jazzman Garnet-Laub et la pianiste Odette Garbenlaub. Et principalement des sculpteurs et des peintres, très nombreux. Leurs séjours furent parfois brefs, certains mêmes occupant successivement plusieurs ateliers dans la même rue. Parmi les ateliers de sculpteurs, outre celui de Carrier-Belleuse, il convient de citer ceux de François Delaistre mort du choléra en 1832, Camille Desmesmay, Ambroise Choiselat, Alfred Halou et Gustave Deloye.                                                                                            

Nombreux sont les peintres autres que ceux déjà cités. Ils exposèrent tous aux divers Salons officiels. Emmanuel Pastier et Jules Gély, peintres sur porcelaine  qui travaillèrent pour la Manufacture de Sèvres. Et Henri Detouche, Fanny Alaux, épouse de Jean Alaux très apprécié du roi Louis-Philippe, Elie Marcuse, Alphonse Dadure, Auguste Canzi, Charles-Adolphe Bonnegrace, Jean-Daniel Favas, Victor Legentile, Pierre-Charles Poussin, Nicolas Ventadour, Léon Villevielle, Ferdinand Chaigneau de l’Ecole de Barbizon, Paul Guigou ami des Impressionnistes dont on peut voir des œuvres au musée d’Orsay, Charles Poirier, Constant Lintilo, Jules Ballavoine, Léon Barillot et Georges Calvès. Et plus récemment, Léon Duval-Gozlan qui participa à des expositions avec Matisse et Camoin, Pierre Ballue et le peintre américain Douglas Gorsline dont un musée, à Bussy-le-Grand, présente une grande part de son œuvre.

15 Plaque Amstrong impasse du 34

Plaque Amstrong

Un hôtel occupe un des immeubles de l’impasse de la rue, au n°34-36, bel ensemble construit en 1896 par l’architecte Henri Tassu. En 1934-1935, le célèbre jazzman Louis Armstrong y séjourna à l’occasion d’une tournée en Europe. Il y organisait des soirées musicales, pour le grand plaisir des habitants de l’impasse, avec le violoniste  Stéphane Grappelli et le guitariste Django Reinhardt. Le grand écrivain Miguel Asturias, prix Nobel de littérature et homme politique du Guatemala, séjourna également dans cet hôtel dans les années 1930.

Nous avons cité de nombreuses personnalités du monde littéraire et artistique. Au milieu du XIX°siècle, elles se retrouvaient soit dans la mansarde d’Henry Murger soit dans les salons de Paul Chevandier de Valdrome. Quelques années plus tard, on pouvait les rencontrer dans les cafés et dans les cabarets ; au n°50 de la rue, le restaurant de la Mère Lefebvre dont Edgar Degas, entre autres,
était un fidèle client. C’est là qu’il exécuta le portrait de la cantatrice Marie Dihau (Metropolitan
Museum de New York). Le frère de celle-ci, le bassoniste Désiré Dihau figure au premier plan du célèbre tableau L’orchestre de l’Opéra (Musée d’Orsay)

16 Affiche cabaret Le Carillon

Cabaret Le Carillon

Au n°43, on pouvait se distraire au cabaret Le Carillon : un café au rez-de-chaussée et une salle de concert à l’étage, dans les anciens salons Chevandier.  En étaient des habitués le romancier et dramaturge Georges Courteline et Paul Delmet, auteur de très nombreuses chansons que ne manquait pas d’interpréter Violette Dechaume, “la reine de la chanson“.

Si la période la plus remarquable de la rue de La Tour d’Auvergne est celle des années romantiques, les artistes émigrèrent plus tard vers la colline de Montmartre puis vers le quartier de Montparnasse. Mais  des acteurs de la création contemporaine n’ont pas déserté  pour autant  notre rue. Ainsi peut-on citer Jérôme Garcin, journaliste et écrivain, Philippe Garrel et Brigitte Sy, réalisateurs de films (avec leur fils, l’acteur Louis Garrel ) et Richard Peduzzi, scénographe, designer, peintre et ancien directeur de la Villa Médicis à Rome.

La Maison des Libertaires au n°33 ne semble plus recevoir les militants anarcho-syndicalistes et le théâtre Chez les Fous au n°52, associé à l’école du One Man Show qui forma de nombreux humoristes, a fermé ses portes. Bail à céder ! Est-ce la fin d’une époque, d’une rue,  théâtre remarquable de la vie parisienne, où s’illustrèrent de si nombreux talents ?

Sources

  • Archives de la Ville de Paris
  • Archives de la Commission du Vieux Paris
  • J. Pronteau, Les numérotages des maisons de Paris du XVe siècle à nos jours, Paris 1966
  • A. Karr, Les Guêpes, décembre 1841, Paris 1841
  • H. Murger, Scènes de la vie de bohème, Paris 1847
  • Annuaire des lettres, des arts et des théâtres, Paris 1846-1847
  • H. Murger, Les buveurs d’eau, Paris 1857
  • C. Monselet, Le musée secret, Paris 1859
  • F. Savard, Les petits mystères de l’Ecole lyrique, Paris 1862
  • V. Hugo, Choses vues, 1830-1871, Genève 1944
  • Champfleury , Souvenirs et portraits de jeunesse, Paris 1872
  • T. Gautier, Portraits contemporains, Paris 1874
  • C. Lefeure,  Les anciennes maisons de Paris, Paris 1875
  • J. Hillairet, Dictionnaire historique des rues de Paris, Paris 1963

                                                     

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Date de création : 26/09/2026 • 17:11
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