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Whistler à Orsay - le 14/04/2022 • 20:36 par TAn

© H.Tannenbaum 2022 - © 9ème Histoire 2022

 


James Mc Neill Whistler (1834-1903)
 

Chefs-d’œuvre de la Frick Collection, New York

 


C’est à la fermeture provisoire pour rénovation de la Frick Collection de New York que l’on doit le prêt de tableaux et eaux-fortes de Whistler au Musée d’Orsay jusqu’au 8 mai 2022.

Henry Clay Frick (1849-1919), magnat de l’industrie de l’acier et grand collectionneur d’art, s’était fait construire un hôtel particulier sur la 5e Avenue, où il a vécu entouré d’œuvres d’art, et qu’il légua à la ville de New York et c’est seulement en 1935 que sa maison fut transformée en musée et ouverte au public.

L’exposition d’Orsay comporte quatre peintures à l’huile, trois pastels et douze eaux-fortes de Whistler venus de New York auxquels s’ajoutent trois tableaux faisant partie des collections françaises. L’artiste fut le premier peintre étranger à voir un de ses tableaux entrer au Musée du Luxembourg de son vivant, il s’agit du tableau intitulé : « Arrangement en gris et noir. Portrait de la mère de l’artiste (1871).
 


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Whistler  - Arrangement en gris et noir  Portrait de ma mère  -  1871 -  Photo D. Bureau.
 


Américain de naissance (né en 1834 à Lowell, dans le Massachusetts) il garda sa nationalité américaine toute sa vie sans jamais se sentir vraiment américain. Après avoir passé, dans son enfance, quelques années à Saint-Pétersbourg où son père travaillait pour les chemins de fer russes et où il apprit le français et fréquenta l’Académie des Beaux-Arts, il partit dans un premier temps pour Londres avec ses parents et regagna brièvement les États-Unis à la mort de son père, en 1849.

A partir de 1855, il poursuivit ses études d’art à Paris, dans l’atelier de Charles Gleyre où il côtoya certains des futurs « impressionnistes » après s’être rapproché de Courbet et de Fantin-Latour. Puis il partagea sa vie entre Londres et Paris où son tableau « La Dame en blanc » fut remarqué au Salon des Refusés en 1863.

Comme la plupart des peintres de l’époque, il subit l’influence de la peinture extrême-orientale et le japonisme alors à la mode transparaît dans nombre de ses œuvres. Vivant à Londres essentiellement, il ne put ignorer les préraphaélites et prit part à l’ « aesthetic movement ».

Il passa une grande partie de sa vie à Londres et habita un moment près de la Tamise à Tite Street, tout près de la demeure d’Oscar Wilde qu’il défendit lors de ses procès. Il fit la connaissance de Frederick Leyland, riche armateur et grand collectionneur d’art pour qui il réalisa la décoration de sa maison (et notamment « The Peacock Room ») et un grand portrait sur pied de son épouse (« Symphonie en couleur chair et rose. Portrait de Mrs Frances Leyland ») présenté ici, à Orsay. Le lien entre le peintre et sonmécène se brisa suite à une dispute sur le montant des honoraires pour la « Peacock Room ».
 

c2451b_55761230a32d4369be017fb98841c21b~mv2_d_10280_7724_s_4_2 copie.jpg    IMG_1438.jpg
"The Peacock Room" décoration de Whistler pour la demeure de Frederick Leyland   © Freer Gallery of Art, Smithsonian Institution, Washington, D.C. Gift of Charles Lang Freer                             Whistler  - Symphonie en couleur chair et rose. Portrait de Mrs Frances Leyland - Photo D. Bureau
 


En 1878, lorsque le critique d’art britannique, John Ruskin, lui reprocha ses tarifs outranciers (« Deux cents guinées pour un pot de peinture jetée à la face du public »), Whistler l’attaqua en justice et gagna son procès en démontrant qu’il facturait une pareille somme non pas pour l’exécution d’une œuvre réalisée en une demi-journée mais pour l’expérience de toute une vie.

Suite à ce procès, il fut néanmoins ruiné et dut s’exiler à Venise pour exécuter une commande de gravures de la Fine Art Society qui lui permirent de survivre.


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Whistler  -  Gravure de Venise  -  Photo D. Bureau.
 


Si trois grands portraits sur pied (Mrs Leyland, Miss Rosa Corder et Robert de Montesquiou-Fezensac) quelques paysages ainsi que des gravures de Venise sont bien présents dans cette exposition, manquent les œuvres de Whistler qui rappellent Turner et les impressionnistes français, œuvres tendant vers l’abstraction dont aucune n’appartient à la Collection Frick mais qu’on avait pu voir au Petit Palais lors de l’exposition « Les Impressionnistes à Londres. Artistes français en exil (1870-1904) », en 2018.
 


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Whistler  -  Arrangement en noir et or : Comte Robert de Montesquiou-Fezensac  -  Photo D. Bureau
 

La plupart des tableaux de Whistler exposés à Orsay ne sont pas signés par l’artiste mais à partir du début des années 70 le peintre substitua à sa signature une sorte de monogramme ayant la forme d’un papillon qu’on retrouve ici et qui rappelle le cachet apposé aux estampes japonaises. Les titres de ses œuvres évoquent souvent la musique et les couleurs (« Arrangement en gris et noir », « Symphonie en couleur chair et rose », « Nocturne en noir et or » …). Plus que le sujet, c’est l’harmonie ou la discordance des couleurs qui comptent pour l’artiste.

Si certains des plus beaux tableaux de l’artiste sont effectivement présents à Orsay, on reste un peu sur sa faim après avoir parcouru l’unique salle où se trouvent ces œuvres de la Frick Collection mais dès le 12 avril, le musée offrira aux visiteurs deux nouvelles expositions, une sur le sculpteur/ peintre Maillol et l’autre sur l’artiste catalan Gaudi.
 


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 Whistler  -  Autoportrait vers 1872.
 

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MUSÉE D'ORSAY

1, rue de la Légion d'Honneur
75007 Paris

Jusqu'au 8 mai 2022
 

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© H.Tannenbaum 2022 - © 9ème Histoire 2022


La collection Morozov - le 27/02/2022 • 12:00 par APo

© H.Tannenbaum 2022 - © 9ème Histoire 2022
 


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Vlaminck - Vue de la Seine -  1906  - © Musée de l'Ermitage St Petersbourg.
 


UNE PARTIE DES COLLECTIONS DES FRÈRES MOROZOV ENCORE À PARIS
(FONDATION LOUIS VUITTON)
JUSQU’AU 3 AVRIL

 


Boudées par leurs contemporains, éreintées par les critiques de l’époque, des peintures de Corot, Manet, Monet, Renoir, Cézanne, Gauguin, Van Gogh, Picasso, Degas, Bonnard, Matisse, Pissarro, Toulouse-Lautrec, Sisley, Denis, Marquet, Vlaminck, Derain, Valtat, et autres grands artistes français de la fin du XIXe siècle et du début du XXe, ont séduit entre 1899 et 1917 deux richissimes collectionneurs russes formés à l’art (héritiers d’un empire industriel textile créé par leur grand-père), les frères Mikhaïl (1870-1903) et Ivan (1871-1921) Morozov.

Tous leurs biens, leurs somptueux palais (1) et leurs collections furent nationalisés par l’État russe en 1918. A sa mort, en 1903, Mikhaïl possédait 39 œuvres d’art moderne occidentales et 44 russes, qu’il demanda à sa veuve de léguer à ses amis de la galerie municipale moscovite Trétiakov (créée en 1892), ce qu’elle fit en 1910. Mikhaïl fit découvrir Van Gogh aux Russes. Ivan prit la relève en 1903 et put rassembler avant la Révolution pas moins de 430 œuvres d’art moderne russes et 240 françaises. On peut en voir une partie actuellement à la Fondation Louis Vuitton (exposition prolongée jusqu’au 3 avril). C’est une opportunité très rare. On n’a jamais assez de temps pour se pencher sur toutes les œuvres de qualité exposées au musée de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg ou au musée Pouchkine (2) de Moscou …et M. Poutine risque de ne pas être toujours si généreux à l’avenir pour les laisser sortir.
 


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Valentin Serov  - Portrait d'Ivan Abramovitch Morozov  -  Moscou 1910  -  © Galerie Tretiakov Moscou.
 


Cette exposition, qui nous propose 170 œuvres, organisée par Anne Baldassari, vient compléter celle qu’elle avait réservée en 2017 à la collection d’un autre industriel du textile (richissime, philanthrope et moscovite), leur ami Sergueï Chtchoukine (de l’avis général avec des œuvres plus prestigieuses, qui ont reçu 1,3 million de visiteurs…). Les deux expositions sont dédiées aux « Icônes de l’Art Moderne ». On y découvre aussi des sculptures de Rodin et Maillol. Une part très importante est donnée à des œuvres de contemporains russes talentueux, que l’on sent sous influence et qui côtoient nos grands noms sans les égaler : Korovine et Sérov (qui seront des conseillers à l’achat des deux frères) mais aussi les grands Malévitch, Vroubel, Répine, Outkine, Sarian, etc. Les frères Morozov, bien plus que Chtchoukine, tenaient à faire connaître l’avant-garde russe et ces œuvres  (présentées aujourd’hui à la galerie Trétiakov), étaient exposées au rez-de-chaussée de leurs palais, visibles de tous. Les œuvres françaises étaient à l’étage, réservées aux initiés.  

Les « collections Morozov » ont connu beaucoup d’aventures avant d’enrichir l’Ermitage et le Pouchkine. Il y eut des tentatives de vente sur le marché international : « Le Café de nuit » (1888) de Van Gogh et « Le portrait de Madame Cézanne » (1891-1892) partirent aux États-Unis. C’est en 1928, dans l’ex-palais d’Ivan, où fut installé le Musée national d’art moderne occidental (GMNZI, créé en 1923), que les collections Morozov seront présentées dans un premier temps à côté des collections Chtchoukine. En 1938, elles furent interdites au public pour des raisons idéologiques…
 


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Valentin Serov  -  Portrait de Mikhail Abramovitch Morozov  - 1902  -  © Galerie Tretiakov Moscou.
 

Pendant la deuxième Guerre mondiale, les collections furent mises à l’abri à Novossibirsk, en Sibérie. Après la guerre, en 1947, sur ordre de Staline, le musée d’art moderne occidental fût « liquidé » et les œuvres occidentales furent réparties entre le musée de l‘Ermitage de Saint-Pétersbourg et le musée des Beaux-Arts Pouchkine de Moscou ; mais elles ne seront présentées au public qu’après le « dégel » de 1950…Elles sortiront de leurs écrins difficilement et au compte-goutte par crainte notamment d’une demande de restitution des héritiers…  C’est la première fois qu’elles sont présentées hors de Russie et un décor de fond léger grisé les resitue dans leur jus d’époque, sur les murs des deux frères. 
 


170 CHEFS D’ŒUVRE
 


Les œuvres vedettes de l’exposition sont incontestablement la marine de Vincent Van Gogh, rare petit format du peintre consacré à la mer (« La mer aux Saintes-Maries », 1888, Moscou) et sa « Ronde des prisonniers » de Saint-Lazare, (1890, Moscou). Pablo Picasso est présent avec trois toiles exceptionnelles : « Les deux saltimbanques » (1901, Moscou), « Acrobate à la boule » (1905, Moscou) et un portrait cubiste d’Antoine Vollard (1910, Moscou).

Une salle entière a été consacrée à « Gauguin en Polynésie » avec 13 toiles magnifiques (venues de Moscou et Saint-Pétersbourg), et en bonus un chef d’œuvre provençal :  le « Café à Arles » (1888, Moscou). Cézanne (18 numéros) et Matisse méritent qu’on prenne beaucoup de temps. Comme Monet, avec son « Boulevard des Capucines », (1873, Moscou), son « Étang à Montgeron » (1876, Saint-Pétersbourg), son « Coin de jardin à Montgeron » (1876, Saint-Pétersbourg). Les Morozov ont choisi de très belles pièces qui nous sont peu connues. Personnellement j’ai été aussi ravie par des Sisley et des Derain inconnus.

Le « nabi » Maurice Denis (panneaux, 1908) et Aristide Maillol (quatre sculptures, 1910-1911) ont eu un cadeau exceptionnel avec la reconstitution (grâce au mécénat de la Fondation Louis Vuitton) des décors gigantesques évoquant l’histoire de Psyché créés pour l’immense salon de musique du palais d’Ivan Morozov.

Allez découvrir tout cela. Nous restons impressionnés par la clairvoyance de ces philanthropes russes qui ont permis d’écrire une page de l’histoire de l’art français à Moscou, développé la culture de leurs jeunes artistes et ouvert les yeux et le goût du monde entier.
 


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Paul Cézanne  -  Paysage. Montagne Sainte-Victoire  Aix-en-Provence   -  ca 1896 -1898 -  © Musée national de l'Ermitage St Petresbourg
  
 




Anick PUYÔOU

 


(1) Ivan a fait construire un palais somptueux rue Pretchistenka et Mikhaïl un hôtel particulier dans le style hispano-mauresque (devenu La Maison de l’amitié des peuples du temps de l’URSS) boulevard de Smolensk, au centre de Moscou. Leur père recevait Tchékhov, Bororykine, Korolenko, etc dans son hôtel particulier de la rue Vozdvijenka (ancien palais des princes Dolgorouki). Une pièce jouée au Théâtre Maly en 1897, intitulée « Le gentleman », s’inspirant de Mikhaïl Morozov, de ses excès et de sa passion de collectionneur, fit jaser tout Moscou…

(2) Créé en 1912, le Musée Alexandre III deviendra le Musée Pouchkine, en hommage au poète, en 1937. Il compte 670 000 œuvres, dont des trésors archéologiques pris en Allemagne après la guerre et dont la R.FA. demande la restitution. Une partie des collections Chtchoukine et Morozov ont été transférées de l’Ermitage à Pouchkine.

 

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FONDATION LOUIS VUITON

8, avenue du Mahatma Gandhi
Bois de Boulogne
75116 Paris

Jusqu'au 3 avril 2022
 

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© H.Tannenbaum 2022 - © 9ème Histoire 2022


Julie Manet - le 03/01/2022 • 13:29 par HTa

© H.Tannenbaum 2022 - © 9ème Histoire 2022
 


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Pierre-Auguste Renoir - " L'enfant au chat" (Julie Manet) - 1887  -  © Musée d'Orsay.
 


Julie Manet

La MÉMOIRE Impressionniste

 


Chez les Manet-Morisot, la peinture est une histoire de famille. Comment échapper à son destin quand on vit entourée d’artistes dans un cadre ressemblant à un musée ? Sa mère, Berthe Morisot (1841-1895) était l’impressionniste femme la plus célèbre de son époque, son oncle, Édouard Manet (1832-1883) un peintre très connu même si très critiqué, son père, Eugène Manet (1833-1892), le frère d’Édouard, un peintre amateur, sans oublier sa tante Edma et ses cousines, Jeannie et Paule, peintres à leurs heures également…Quant aux amis de la famille, ils s’appelaient Renoir, Degas…et sur les murs de la demeure familiale on ne comptait pas les Manet, Morisot, Degas, Renoir, Corot, Delacroix…

Dès son plus jeune âge, Julie Manet avait servi de modèle à sa mère, à son oncle et à Renoir. Sa mère l’avait représentée à tout âge (bébé, enfant, adolescente), seule, avec son père ou avec ses cousines.
 


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Berthe Morisot - Eugène Manet et sa fille dans le jardin de Bougival  - 1881 -  © Musée Marmottan-Monet.
 


Si sa mère avait reçu une formation artistique classique, ce ne fut pas le cas de Julie qui après avoir regardé sa mère peindre, reçut d’elle des conseils d’où la similarité occasionnelle de la touche et de l’inspiration dans les tableaux des deux femmes. A la mort de Berthe Morisot, ce fut Renoir qui assura la formation artistique de Julie.

Tout comme Berthe Morisot et Édouard Manet, Julie fréquenta beaucoup les salles du Louvre où elle exécuta de nombreuses copies de maîtres. C’est au Louvre que Manet avait rencontré Morisot à qui il avait demandé de poser pour lui. C’est également là que Julie fit la connaissance de son futur mari, Ernest Rouart.  A plusieurs reprises, Julie exposa ses tableaux au Salon des Indépendants (1896, 1898) mais après son mariage, en 1900, elle cessa d’exposer et de tenir son journal, sans pour autant arrêter de peindre.
 


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Ernest Rouart, Julie Manet, Paul Valéry, Jeannie Gobillard le jour de leur marisage (31 mai 1900)
© Franck Boucourt - © L'Express.

 


Ses parents avaient fait bâtir un immeuble au 40, rue de Villejust (aujourd’hui rue Paul Valéry) dans le 16e arrondissement et c’est là qu’elle passa son enfance avec ses cousines Paule et Jeannie Gobillard, dont la mère, Yves, était la sœur de Berthe.

Les trois jeunes filles surnommées par leurs proches « l’escadron volant » faisaient tout ensemble et ne se déplaçaient jamais l’une sans l’autre. A la mort des parents de Julie, ce fut le poète Mallarmé, un autre grand ami de la famille, qui après avoir été chargé de l’éducation littéraire de Julie, en devint le tuteur et il fut secondé dans la tâche par Renoir et Degas qui, malgré sa misogynie, aimait à jouer les « entremetteurs » et organisa la rencontre entre Julie et Ernest Rouart, le fils d’Henri Rouart, ingénieur, mécène et grand collectionneur d’œuvres d’art. Le mariage eut lieu en 1900, en même temps que celui de Jeannie Gobillard avec Paul Valéry. Les Rouart s’installèrent au 4eétage du 40, rue de Villejust quant aux Valéry ils occupèrent le 3eétage.
 


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Ernest Rouart - "Julie Manet lisant"  - © Collection particulière - Christian Baraja SLB
 


Ernest Rouart était lui-même peintre et on peut voir dans l’exposition plusieurs tableaux de lui représentant Julie. A la mort de son père, en 1912, une grande partie de son immense collection d’œuvres d’art fut vendu aux enchères et Julie et Ernest en rachetèrent un grand nombre (des Poussin, Fragonard, Corot, Delacroix, Daumier ainsi que des tableaux impressionnistes).

Par ailleurs, Julie, fille unique du couple Morisot-Manet, avait hérité du fonds d’atelier de sa mère, de tableaux de son oncle ainsi que des tableaux de Degas, Monet… faisant partie de la collection de Berthe. Si on ajoute à cela que le couple était lui-même collectionneur et qu’ils enrichirent leur collection tout au long de leur vie on peut imaginer la quantité de tableaux qu’ils possédaient.
 


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Édouard Manet - La dame aux éventails (Nian de Callias) - 1873  - © Musée d'Orsay.
 


Julie consacra une grande partie de son existence à mieux faire connaître et à promouvoir la peinture de sa mère, à réconcilier le public avec l’œuvre de Manet, peintre longtemps mal perçu ainsi qu’à faire reconnaître d’autres peintres appartenant notamment au courant impressionniste. Le moyen le plus sûr, selon elle, était en faisant don de tableaux à divers musées dont le Louvre (qui reçut « La Dame aux éventails » de Manet, « La Dame en bleu » de Corot, un autoportrait de Delacroix…). D’autres institutions muséales à Lyon, Toulouse, Montpellier et Paris, reçurent des Berthe Morisot.
 


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J.B. Corot - La dame en bleu - 1874 - © Musée du Louvre.
 


Après son mariage, Julie, élevée par des parents non croyants, en même temps que d’autres membres de sa famille fut attirée par la religion et entra dans le Tiers ordre dominicain, d’où la présence de tableaux religieux de Maurice Denis dans l’exposition.

Si le rez-de-chaussée de l’exposition rassemble des tableaux représentant Julie Manet et ses proches, des œuvres d’amis impressionnistes et d’autres tableaux ayant fait partie des collections de Berthe Morisot, de Henri Rouart ou de Julie et Ernest Rouart, à l’étage on peut voir des tableaux de Julie Manet, son Journal ainsi que des arbres généalogiques des deux branches (Rouart et Manet).
 


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Julie Manet - Martha en robe de velours vert - 1898 - © Christian Baraja SLB - © L'Express.
 

C’est dans un milieu très protégé, à la fois de la haute bourgeoisie et artistique, qu’évoluèrent les deux couples (Rouart et Valery) et cette exposition en est bien le reflet. Elle permet de faire la connaissance de l’artiste Julie Manet mais surtout de percevoir le rôle qu’elle a joué, par ses dons généreux et ses écrits, dans la transmission de la mémoire impressionniste.
 

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MUSÉE MARMOTTAN-MONET

2, rue Louis-Boilly 75116 Paris

Jusqu'au 22 mars 2022
 

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© H.Tannenbaum 2022 - © 9ème Histoire 2022


L'Arc de Triomphe Wrapped - le 09/09/2021 • 10:23 par HTa

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Dessin préparatoire de "l'Arc de Triomphe Wrapped" - Collage de 1988 - © Christo and Jeanne Claude Foundation
 



"L’Arc de Triomphe, Wrapped"

 


L’exposition « Christo et Jeanne-Claude – Paris ! », présentée au Centre Pompidou du 1er juillet au 19 octobre 2020 (suivre ce lien), aurait dû se tenir bien plus tôt si la pandémie n’avait pas entraîné la fermeture des musées. Il en est de même de l’empaquetage de l’Arc de Triomphe déjà projeté par Christo lors de son séjour parisien (1958-1964), alors qu’il occupait une chambre à proximité du monument.
 

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L'Arc de Triomphe empaqueté - Photomontage vu depuis l'avenue Foch -  Projet © Christo 1962  -  Photos © Shunk-Kender.
 


Ce projet avait été réactivé, en 2017, lorsque le Centre Pompidou avait proposé à l’artiste de monter une exposition sur les années parisiennes du couple Christo/Jeanne-Claude mais il avait été reporté par deux fois, d’abord pour permettre la nidification des faucons crécerelles qui se nichent dans les reliefs du monument puis ensuite pour cause de confinement. C’est donc du 18 septembre au 3 octobre que cet empaquetage éphémère devrait être visible, rappelant celui du Pont-Neuf réalisé en 1985.

Christo a toujours considéré que créer des œuvres vouées à disparaître rapidement exigeait de la part de l’artiste beaucoup plus de courage que des créations pérennes. Pour préserver leur liberté artistique concernant leurs œuvres éphémères, le couple a opté pour l’autofinancement (« to keep the absolute freedom, we cannot be obliged to anyone »). C’est essentiellement la vente des études préparatoires, des dessins, des maquettes, des lithographies réalisés par Christo pour ses œuvres précédentes ou pour ses œuvres en cours qui a permis à l’artiste de se dispenser de faire appel à des fonds publics ou privés. Récemment une vente aux enchères organisée par Sotheby’s de la collection ayant appartenu au couple (résultant d’échanges entre artistes, cadeaux, achats ainsi que d’anciennes études préparatoires de Christo) a rapporté 9,2 millions euros.

Le photomontage de l’Arc de Triomphe empaqueté vu de l’avenue Foch, réalisé en 1962, imaginait le monument emballé dans sa totalité, les arches devenant invisibles et l’accès à la tombe du soldat inconnu impossible ; par ailleurs l’ensemble du monument devait, dans ce premier projet, être protégé par une structure métallique. Le projet finalement réalisé sera bien moins massif puisque seuls les groupes sculptés au pied des arches seront protégés par des cages d’acier et seule la partie en pierre sera emballée ce qui donnera davantage de légèreté au monument et de souplesse et de beauté au drapé.
Christo disait : « Ce sera comme un objet vivant qui va s’animer dans le vent et refléter la lumière. Les plis vont bouger, la surface du monument devenir sensuelle ».
 

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Christo dans son studio en septembre 2019 avec un dessin préparatoire de son oeuvre .  © image.kurler.at
 


Le montage de cette installation commencé mi-juillet, durera deux mois et le démontage un mois. Comme lors de l’emballage du Pont-Neuf, en 1985, les détails de l’opération ont été largement diffusés dans la presse.
L’empaquetage nécessitera 25 000 m2 de tissu recyclable en polypropylène argent bleuté ainsi que 3 000 m de corde rouge, elle aussi recyclable. Un millier de personnes (charpentiers, grutiers, cordistes, alpinistes) participeront à la réalisation de l’œuvre (on se rappellera que pour le Pont-Neuf, on avait dû faire appel également à des plongeurs).

 

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Etat du chantier préparatoire début septembre 2021  - Clichés HT
 


L’empaquetage devrait coûter 14 millions d’euros, financé par les ayants droit de l’artiste. Dans le cahier des charges, il est probablement précisé que le caractère mémoriel du lieu devra être respecté et que les cérémonies quotidiennes du ravivage de la flamme devront pouvoir se dérouler comme à l’accoutumée.

Ce sera là le dernier hommage de Paris à Christo, l’artiste étant décédé en mai 2020, à quelques jours de l’ouverture de l’exposition qui lui était consacrée à Pompidou. La publicité faite autour de l’événement sera peut-être une incitation au retour des touristes étrangers dans la capitale.
 


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                L' Arc de Triomphe Wrapped  - 17/09/2021 - © Cliché HT.
           

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ARC DE TRIOMPHE DE L'ÉTOILE

Place Charles-de-Gaulle

Du 18 septembre au 3 octobre 2021
 

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Tempêtes & Naufrages - le 21/06/2021 • 16:30 par EFo


© E. Fouquet 2021 - 9ème Histoire 2021


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F.V. Perrot - Sauvetage d'un bateau de pêche basbreton par le "Neptune" sur les côtes de Basse Bretagne - 1835 - © Musée des Beaux Arts de Nantes / Alain Guillard
 



TempÊtes et naufrages

de Vernet à Courbet


 


Par Emmanuel FOUQUET
 


Le musée de la Vie romantique nous invite jusqu’au 12 septembre à prendre le large par l’évocation du thème maritime de la tempête à travers une sélection d’œuvres (peintures, estampes, dessins mais aussi manuscrits et extraits littéraires et musicaux). Cette exposition avait été initialement prévue de novembre à mars (période où se produisent d’ailleurs les grandes tempêtes hivernales !) mais a été repoussée de plusieurs mois à cause de la fermeture des musées cet hiver en raison d’un certain virus …
En l’organisant, la directrice de ce charmant musée, Gaëlle Rio, a voulu montrer que les déchaînements de l’océan et ses conséquences tragiques, les naufrages, peuvent parfaitement refléter les tourments de l’âme romantique, courant artistique présent dès la fin du XVIIIe siècle et une bonne partie du XIXe siècle.

Dès l’entrée, dans l’ancien atelier où Ary Scheffer recevait régulièrement les principaux artistes de son époque, le visiteur est plongé dans l’ambiance. La scénographie y contribue d’ailleurs beaucoup avec, par exemple, la transformation des baies vitrées en hublots de bateaux ou un peu plus loin avec la pose de frises en papier peint représentant des galions pris dans la tempête ! 

La première partie de l’exposition s’attache à rechercher les sources de la représentation de la tempête qui remontent au XVIIIe siècle ou même bien avant, comme l’illustre un tableau de Rubens. Mais c’est Joseph Vernet, peintre de marines au temps de Louis XV, qui illustre le mieux l’atmosphère d’apocalypse que suscite la tempête et les drames qui l’accompagnent, ainsi que le montre avec une grande précision son tableau Naufrage. Un autre tableau, de Jean Jacques Monanteuil peint en 1820, représentant une scène de déluge, est caractéristique du souci de dramatisation propre au début du XIXe siècle, préfigurant le Radeau de la Méduse de Géricault, dont une esquisse déjà bien aboutie est présentée dans une autre salle. C’est également l’angoisse qui transparaît dans le tableau d’Ary Scheffer, La Tempête, peint à la même époque et montrant depuis la côte un petit groupe de personnes terrorisées devant la mer en furie.
Impossible de ne pas faire allusion, ici, à Chateaubriand, natif de Saint-Malo et enterré face au large sur l’îlot du Grand Bé, à travers une édition originale de ses Mémoires d’outre-tombe où celui-ci évoque les fortes tempêtes hivernales.

 


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h. Géricault - Le Radeau de la Méduse esquisse Bessaonneau - 1818/1819 - © Musée des Beaux-Arts d'Angers.
 


Dans la petite pièce attenante à l’atelier, la tempête apparaît d’ailleurs comme une véritable source d’inspiration littéraire avec des pages manuscrites de la célèbre œuvre de la fin du XVIIIe siècle de Bernardin de Saint-Pierre, Paul et Virginie relatant un naufrage et qui va donner ensuite matière à une riche iconographie. Mais Victor Hugo est bien sûr le grand représentant de cette inspiration. Sous vitrines, le visiteur peut découvrir ainsi des pages des Travailleurs de la mer et des dessins de sa propre main, qui démontrent son excellente connaissance du milieu marin, pour avoir connu un exil d’une vingtaine d’années à Jersey et Guernesey.   

On accède à la deuxième partie de l’exposition après avoir traversé la cour et être descendu dans l’atelier où Scheffer travaillait, parcours habituel des expositions organisées au musée de la Vie romantique. C’est le spectacle de la tempête en pleine mer auquel on assiste alors en contemplant les nombreuses toiles présentes. L’accent est d’ailleurs mis sur une différence notable avec la période précédente : la tempête et les naufrages qu’elle occasionne ne sont plus montrés depuis la côte mais dans le cadre d’une véritable « mer spectacle » que les artistes mettent en scène comme le dit aussi Victor Hugo dans une phrase figurant en frontispice dans cette salle : « nous autres gens de la terre ferme, nous ne nous figurons pas une tempête sans navire en détresse et sans naufrage … ».
 


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William Turner  -  Waves breaking on a shiore - 1835  - © Gallerie Tate Britain.
 


William Turner, qui se serait même attaché au mât d’un navire pour mieux appréhender la tempête pour un de ses tableaux (légende paraît-il !), et les peintres de marine, Théodore Gudin et Eugène Isabey, sont bien dans cette illustration dramatique, comme l’est également Louis Garneray, peintre et écrivain, véritable aventurier des mers lorsqu’il naviguait avec Surcouf.

On note la place importante accordée ici à un peintre méconnu de nos jours, Paul Huet, surnommé de son temps le « Delacroix du paysage » (ils étaient d’ailleurs amis).  Plusieurs de ses tableaux sont en effet présents là dont La barque en danger et Les brisants à la pointe de Granville. Boudin, le peintre de Honfleur et de Deauville qui commença par être mousse ou Jongkind, ont une vision un peu plus libre dans le traitement de la mer déchainée, ce qui est aussi le cas de Courbet dans un style déjà plus naturaliste, son tableau La Trombe montrant bien en effet la sauvagerie des éléments et de son décor.    

La dernière salle en remontant au rez-de-chaussée insiste encore un peu plus sur l’ambiance dramatique générée par les naufrages, avec leurs épaves et leurs cadavres échoués. Le thème des naufrageurs guettant leurs proies sur la côte est particulièrement présent ici car apprécié par les romantiques au moment même où va s’organiser le sauvetage en mer pour lutter contre ces pratiques. Les tableaux d’Isabey et Berthelémy en sont l’illustration mais aussi le spectaculaire grand format Vue des falaises de Houlgate de Paul Huet encore, représentant des pêcheurs portant sur la plage le cadavre d’une femme échouée.
Le tableau de
Feyen-Perrin Après la tempête montrant en gros plan sur la grève une femme noyée, accentue encore le caractère morbide de ces scènes de catastrophe. Comment ne pas citer non plus l’étonnant tableau de Jules Garnier L’épave, avec pour sujet une femme nue dans une attitude de pose assez improbable pour une noyée, entourée d’indigènes n’en croyant pas leurs yeux !
 


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Paul Huet - 1863 - Vue des Falaises de Houlgate - © Musée des Beaux-Arts de Bordeaux.
 

L’exposition se termine sur l’évocation du thème de la veuve éplorée et de l’orphelin, illustré notamment par Ary Scheffer, le drame romantique fait alors place au pathétique, voire au mélodrame …  

Une bien belle exposition à voir cet été, et même à écouter dans les deux petits espaces discrets aménagés pour entendre une sélection d’extraits musicaux et de textes littéraires lus par Guillaume Gallienne de la Comédie-Française.  
 


© E. Fouquet 2021 - 9ème Histoire 2021
 


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Musée de la Vie romantique
Hôtel Scheffer-Renan
16, rue Chaptal – 75009 PARIS
Tél. 01.55.31.95.67

Du mardi au dimanche de 10 h à 18 h.

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