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St Jean de Montmartre - mars 2019



Visite de Saint-Jean-de-Montmartre
et du Martyrium


 


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Claude Mignot et le groupe d'adhérents de 9ème Histoire devant l'église Saint-Jean-de-Montmartre - © D. Bureau
 


Le mercredi 27 mars, par un bel après-midi ensoleillé, une double visite a réuni quarante-cinq membres de 9ème Histoire : celle de l’église Saint-Jean-de-Montmartre menée par Claude Mignot, président de 9ème Histoire, et celle du Martyrium par Éric de Langsdorff, vice-président de l'Association du Martyrium. Le rendez-vous était fixé place des Abbesses, à l’entrée de la station de métro éponyme. Cette station « Guimard » dont l’originalité tient à son escalier abrité par un auvent et une marquise en verre reposant sur quatre piliers dans les coins, a une histoire.


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L'entrée de la station de métro Abbesses. © Steve Cadman.
 


En 1900, année d’une des grandes Expositions Universelles qui se sont tenues dans la capitale, la Compagnie de chemin de fer Métropolitain de Paris ouvre sa première ligne et demande à Hector Guimard de concevoir 166 entrées de métro qui seront réalisées entre 1900 et 1921 ; elles sont dans le style Art Nouveau de l’époque. Si ce style est aujourd’hui à nouveau très apprécié et représentatif du mobilier urbain parisien du début du XXe siècle, pendant plusieurs décennies ces entrées n’étaient plus à la mode et ont bien failli disparaître ; c’est grâce à un classement à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques, en 1965, qu’on doit la conservation de 88 d’entre elles. Celle des Abbesses fut initialement bâtie pour la station « Hôtel de Ville », rue Lobau, mais lors de la construction d’un parking souterrain à cet endroit-là, dans les années 70, elle fut déplacée à la station « Abbesses ».

La visite commence donc par l’église Saint-Jean-de-Montmartre, qui est bâtie au bord de la place, sur la pente, ce qui a permis de ménager une église basse.
 


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L'église St-Jean-de-Montmartre - © R.Desenclos
 


Claude Mignot, qui présentait l’église, a fait d’abord admirer le jeu des volumes abstraits de celle-ci, qui expriment avec vigueur à l’extérieur son programme : un porche élancé, où deux tourelles octogonales d’escaliers en vis encadrent la porte et le vitrail qui la surmonte ;  le clocher ouvert derrière des arcs de béton armé entrelacés, encadré des petits belvédères, ouverts eux aussi, qui couronnent les escaliers ; une haute nef encadrée de bas-côtés, d’où saillent en rez-de-chaussée, sur les côtés, une chapelle à pan coupé et une autre rectangulaire ; à leur hauteur, au-dessus des bas-côtés, s’élèvent de faux-transepts, faux en effet puisqu’à l’intérieur ils sont recoupés par une tribune, qui fait tout le tour  de la nef.
 


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Détail du porche d'entrée de l'église St-Jean-de-Montmartre. © Daniel Bureau.
 


Installés plus confortablement à l’intérieur, nous avons d’abord écouté le rappel de l’histoire singulière de ce chantier. L’église a été bâtie en effet à l’initiative du curé de Saint-Pierre-de- Montmartre, l’abbé Sobeaux. Inquiet du tort que la nouvelle basilique porte à sa paroisse, ce dernier projette de détruire sa vénérable église pour la rebâtir ailleurs. Sûr de son affaire, il achète de ses deniers, en mars 1892, un terrain place des Abbesses, mais le scandale que provoque l’idée de démolir l’une des plus anciennes églises de Paris le prive d’une aide de l’État.  Aussi s’adresse-t-il à l’ingénieur Paul Cottancin (1865-1928), qui venait d’inventer en 1889 un système peu coûteux de béton armé et de briques enfilées. C’est lui vraisemblablement qui introduit sur le projet l’architecte Anatole de Baudot (1834-1915), qui expérimentait ce système dans trois maisons ouvrières rue Gabriel-Péri à Antony (1893) et au lycée Victor-Hugo de la rue de Sévigné (1894-1896). 

Les études de Baudot pour Saint-Jean commencent vraisemblablement vers 1894. La crypte est achevée en 1898, mais la Préfecture de la Seine intente un procès pour infraction à la législation sur le permis de construire, si bien que le chantier est fermé en 1899, alors que toute la structure est achevée. Le curé obtient gain de cause en 1902. Le chantier rouvre sur un projet retouché avec un clocher-porche moins saillant et se termine en 1904.
 


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Détail de la tribune de l'église St-Jean-de-Montmartre. © Daniel Bureau.
 


Dans la pénombre de la nef, éclairée par les grands vitraux historiés du porche, des quatre faux-transepts et du chœur, et, de manière plus originale, par la longue frise de petits vitraux qui courent en haut des murs des bas-côtés, nous admirons la galerie courant tout autour de l’espace intérieur : elle joue un rôle essentiel de contreventement, mais son dessin de demi-cercles entrelacés, ornés de cabochons de céramique, constitue aussi l’essentiel de la décoration interne, les fonds ayant marqué pour faire plus. En contrepoint à cette guirlande horizontale, vingt-six fines piles, disposées sur l’oblique, de 50x50 cm, en béton armé dans une enveloppe de briques enfilées, montent à vingt-cinq mètres, certaines s’incurvant deux à deux pour ménager deux coupolettes octogonales couronnées d’un petit jour zénithal.
 


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Détail de l'architecture de St-Jean-de-Montmartre. © Daniel Bureau.
 


Après la visite de l’église[1], le groupe s’est dirigé vers le « Martyrium », situé au 11, rue Yvonne le Tac qui s’appelait auparavant rue Antoinette (ouverte en 1840 et nommée « Antoinette » en 1879, d’après le prénom de l’épouse d’un des propriétaires du lieu) et qui fut renommée « rue Yvonne le Tac » en 1968 pour honorer la mémoire de l’ancienne directrice de l’école voisine, Yvonne le Tac (1882-1957), une résistante déportée à Ravensbrück, puis à Auschwitz.

À l’époque où l’empire romain régnait sur la Gaule, existait à proximité de ce qu’on appelle désormais le Martyrium, une colline sur laquelle des temples consacrés à Mars et à Mercure avaient été élevés. Lyon était alors la capitale chrétienne du pays et le pape avait envoyé des missionnaires dans tous les pays du pourtour méditerranéen pour christianiser les habitants. Denis était l’un d’entre eux ; aujourd’hui considéré comme le premier évêque de Lutèce, il fut décapité lors de sa mission, vers 250, aux abords du Martyrium. Suite à la découverte d’un cimetière, installé dans une carrière désaffectée, accueillant les ossements de chrétiens persécutés, on fit construire, dès le IXe siècle, une chapelle qui devint un important lieu de pèlerinage. En 1133, Louis VI le Gros et son épouse, Adélaïde de Savoie, y firent construire un monastère de femmes occupé jusqu’à la révolution par l’ordre des Bénédictines.

C’est dans cette chapelle qu’Ignace de Loyola (1491-1556) et ses compagnons (Pierre Favre était le seul prêtre parmi eux) posèrent, le 15 août 1534, le premier acte de constitution de la Compagnie de Jésus, fondement de l’ordre des jésuites qui fut reconnu six ans plus tard par le pape Paul III. Ils firent vœu de pauvreté et s’engagèrent à devenir prêtres de l’église catholique et de christianiser les populations, de faire un pèlerinage à Jérusalem et s’ils en étaient empêchés par les guerres d’aller à Rome se mettre à la disposition du pape.
 


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Bas-relief du XIIIe représentant la décollation de St-Denis. © Daniel Bureau.
 


En 1590, lors du siège de Paris par Henri IV, la chapelle fut endommagée puis rebâtie en 1611, c’est alors qu’on découvrit un caveau où le corps de Saint-Denis aurait été déposé, ce qui entraîna un afflux de pèlerins. L’évêque de Paris autorisa alors la fondation d’un prieuré qui deviendra « l’Abbaye d’en-bas » par opposition à « l’Abbaye d’en-haut » située sur l’emplacement de l’église actuelle Saint-Pierre-de-Montmartre.
En 1789, la Révolution, entraîna l’interdiction des ordres monastiques et la vente de tous les biens religieux et la chapelle fut rasée. Les terrains du domaine abbatial furent vendus comme terrain à bâtir.
En 1840, l’abbé Le Rebours, curé de la Madeleine, et le jésuite Tournesac, grâce à la découverte de plans anciens, retrouvèrent l’emplacement de la crypte et y firent bâtir l’oratoire actuel élevé à la place présumée de la chapelle puis, en 1887, une nouvelle chapelle voutée d’ogives, au-dessus d’une crypte, vit le jour.
 


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Dans la crypte du Martyrium. © Daniel Bureau.
 


Le nouvel oratoire fut confié aux Sœurs Auxiliatrices du Purgatoire avec pour mission de relever le culte de Saint-Denis. Elles se vouèrent à l’éducation de jeunes filles.

 En 1972, après le départ des Sœurs, le lieu devint propriété de la Ville de Paris. Une Association de la Crypte du Martyrium de Saint-Denis et du souvenir de Saint-Ignace de Loyola fut fondée en 1973.
 

 

[1] Pour prolonger la visite, on peut consulter en bibliothèque l’étude de Françoise Boudon, « Recherche sur la pensée et l’œuvre d’Anatole de Baudot », dans AMC (Architecture, mouvement, continuité), n° 28, Mars 1973.
 



Claude MIGNOT  -  Hélène TANNENBAUM
 





 


© 9ème Histoire - 2019


Date de création : 03/04/2019 • 12:46
Catégorie : - Echos du Terrain
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