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Alfred GREVIN

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Alfred Grévin en 1870

Alfred Grevin

Personnage de la vie parisienne

de la fin du XIXe siècle

 Qui ne connaît pas aujourd’hui le musée Grévin, le célèbre musée de cire du 10, boulevard Montmartre, ouvert depuis plus de 140 ans, avec ses 800 000 visiteurs par an !

 Et pourtant celui-ci ne porte pas le nom du patron de presse, créateur du musée en 1882. Arthur Meyer, directeur du journal Le Gaulois, a préféré en effet que le nouveau musée prenne le nom du caricaturiste de presse et créateur de costumes, Alfred Grévin, qui avait acquis alors une grande notoriété à Paris. 

 Il paraît utile d’évoquer ici la vie de ce personnage riche en couleurs qui, comme caricaturiste, vient se situer aujourd’hui entre Honoré Daumier et Adolphe Willette.  

 C’est loin de Paris, dans le modeste village d’Epineuil, près de Tonnerre, en territoire viticole de Bourgogne donc, que naît en janvier 1827 Alfred Grévin.  Dès les années d’école communale à Tonnerre où ses parents sont venus s’installer, ses maîtres remarquent ses qualités d’excellent élève et lui attribuent déjà un grand prix de dessin. Pour autant, il ne sera jamais inscrit à une école d’art. Nul doute que les réjouissances du Carnaval qui se déroulait chaque année dans le bourg avec pour clou le défilé déguisé nocturne au cours duquel le grotesque se mêlait souvent à la grivoiserie, ont dû impressionner l’enfant et futur artiste !

Les débuts d’un caricaturiste de talent  

C’est pourtant un événement local d’importance qui va jouer un rôle décisif dans la vie du jeune Alfred Grévin : le début de la construction en 1846 du chemin de fer entre Paris et Lyon, les habitants de toute une région s’étant battus pour qu’il passe par Tonnerre ! Eugène, son père géomètre, va d’ailleurs jouer un rôle dans cette affaire comme un des négociateurs de cession des terrains nécessaires. Il terminera sa carrière d’abord dans la Compagnie du Paris à Lyon puis du P.L.M. avec la qualité d’« employé au Chemin de Lyon ».  

La crise viticole qui survient au milieu du XIXe siècle avec l’arrivée des vins bon marché du Languedoc explique aussi que l’octroi d’un emploi dans ces compagnies de chemin de fer devient vite un privilège : habit de fonction fourni, bon salaire assuré et même caisse de retraite ! Eugène Grévin s’efforce donc de vite faire entrer également son fils dans la Compagnie et Alfred la rejoint en 1851 en tant qu’« employé temporaire » à la gare de Tonnerre pour gagner dès 1854, à 27 ans, le siège parisien du Paris à Lyon établi à cette date 34, rue de la Victoire. Il ne reviendra d’ailleurs plus ensuite sur ses terres d’origine.

Son statut de modeste employé va lui laisser alors le temps de dessiner comme le prouvent les nombreuses ébauches conservées de dessins figurant sur le verso des feuilles de papier à en-tête de la Compagnie … Il commence ainsi par croquer ses camarades de travail et caricaturer ses divers chefs de service ! Bien vite, ce sont cependant les femmes légères qui vont être au centre de son travail.  

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 L’occasion lui est aussi donnée de feuilleter la nombreuse presse illustrée qui se développe au début du Second Empire dans des journaux comme Le Gaulois ou Le Petit Journal.  Alfred Grévin réussit d’ailleurs dans Le Gaulois (à cette époque journal hebdomadaire satirique dont la parution s’arrêtera en 1861), à faire paraître le 25 juillet 1858 sa première caricature, à travers le personnage d’un célèbre clown, Boswell, du Cirque Napoléon (aujourd’hui Cirque d’hiver) en montrant déjà son intérêt pour le monde du spectacle et du rire …

 Mais c’est un grand patron de presse, Charles Philippon, fondateur durant la Monarchie de Juillet des journaux La Caricature, Le Charivari et Le Journal Amusant, découvreur de Gustave Doré et de Nadar, qui va lancer le jeune Alfred, comme l’a raconté un rédacteur du Journal Amusant : « En 1859, un soir, rue Bergère, je me trouvais dans le cabinet de travail du spirituel vieillard [Philippon]. Lui et moi nous causions de choses d’art et de critique, lorsque nous vîmes entrer un gros garçon rougeot, timide et assez incorrect dans sa mise, c’était Grévin. "Vous voyez bien ce lourdaud ? - me dit à voix haute Charles Philippon – il n’a l’air de rien, il est gauche, eh bien, tenez, c’est un diamant brut et dans six mois d’ici, ce sera un brillant sur lequel Paris tout entier prendra plaisir à jeter les yeux" ». Le jeune dessinateur va cependant commencer modestement par une commande pour le compte de la Maison Philippon, d’illustration de cartons marque-places sur lesquels étaient écrits le nom des convives … Ses premiers dessins paraîtront en mai 1860 dans Le Journal Amusant.   C’est dans ce journal, qu’il se liera aussi d’amitié avec un autre caricaturiste : André Gill puis avec Félix Tournachon, mieux connu sous le nom de Nadar, lui-même caricaturiste, dessinateur et bientôt grand photographe.

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 Dès 1861, son talent se révèle véritablement lorsqu’il met en scène les entraîneuses et autres cocottes que sont les Biches et les Lorettes (présentes au Casino Cadet ou dans le quartier de Breda Street).

 La maturité

En 1868, c’est désormais un dessinateur reconnu et ses dessins paraissent alors en première page du Journal Amusant, comme dans Le Petit Journal pour rire lancé la même année par la Maison Philippon et dont le rédacteur en chef est Nadar.  Le public se délecte alors de ces  femmes si drôlement troussées.

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 Grévin accumule ainsi une certaine fortune accrue avec l’héritage reçu à la mort de son père en 1864, et qui permet à sa femme Léontine et lui-même d’acquérir une maison à Saint-Mandé, dans le jardin de laquelle il établira son atelier. Ils la quitteront temporairement lors de la défaite de Sedan en 1870. Durant cette période, il montrera aussi son patriotisme républicain sans verser trop pour autant par ses dessins dans la satire politique. Ainsi dans Le Charivari, il figurera en 1871 une République fort engageante proposant à un Prussien un bonnet phrygien et qui lui demande : «  Eh bien, voyons, ça ne te dit donc rien ? »

Après la chute du Second Empire et avec l’arrivée de la Troisième République, Grévin va se montrer d’abord amuseur et publie par exemple, toujours dans Le Charivari, une série de dessins intitulée « Paris régénéré » montrant sa vision boulevardière de la capitale où règnent au Bal Mabille comme aux Folies Bergère ces cocottes qui lui sont si chères.  Le nom de Grévin devient même un nom commun, comme le soulignera en 1895 un journaliste : « D’une petite femme on disait encore il y a quelques années "c’est un Grévin" » ! Manière élégante de désigner ces jeunes femmes parisiennes aux charmes presque fantasmés.  

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 L’artiste possède en effet un réel talent pour tirer le portrait de ces petites femmes de Paris dans les métiers populaires de l’époque : concierges, vendeuses, figurantes de théâtre, voire petits rats de l’Opéra ! les légendes de ses dessins qu’il s’applique à écrire sont souvent mordantes,  et le bon mot n’y est pas rare : « Sachez mon neveu, que les femmes sont toutes les mêmes en général, en particulier, c’est encore pis !». Cela montre bien surtout la fine observation que Grévin fait de ces milieux où le genre masculin n’est pas souvent à son avantage …

 Le trait même du dessin va devenir aussi de plus en plus épuré au prix souvent d’un long travail que décrira Nadar : « Le dessin qui paraissait si pur de lui-même était obtenu par la plus pénible des méthodes. Une série de tâtonnements pour une tête, un bras, un pied, repris sur un papier à décalque et finalement transposés un à un, comme pièces d'un casse-tête chinois, sur un dernier papier transparent ».  Il est à noter également que Grévin ne se hasardera pratiquement pas dans le genre plus noble de la peinture à l’huile.  

La renommée du caricaturiste est pourtant telle que Zola écrira même à Grévin en 1880 pour lui demander des dessins destinés à un projet d’édition illustrée de Nana : « Mon cher Grévin, me permettrez-vous d’insister auprès de vous pour obtenir une Nana mais une Nana comme vous seul pouvez la faire. Ce sera un grand honneur et un grand plaisir de voir votre nom à côté du mien ». Mais Grévin trop occupé ne donnera pas suite à cette proposition dont le ton même dénotait vraiment une amitié et une estime réelle.

 En effet le dessinateur reconnu s’intéressait depuis longtemps au théâtre où, invité aux premières, il en brossait souvent des caricatures. Il se risque même à écrire une pièce en vers : le Bonhomme Misère, jouée à l’Odéon en 1877 mais sans grand succès.  Sarah Bernhardt sera aussi l’objet de son incisif coup de crayon.

Offenbach deviendra également à cette époque son ami, Grévin ayant été séduit par le genre de l’opérette devenu très en vogue avec ses musiques endiablées dont le compositeur était devenu le grand spécialiste. Celui-ci sera représenté souvent dans ses dessins. Offenbach invitera d’ailleurs Grévin à plusieurs reprises dans sa maison d’Étretat pour de joyeuses fêtes.

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 Il n’est pas étonnant que ce minutieux travail effectué pour saisir par le dessin des scènes représentatives de la vie parisienne ou de pièces de théâtre, en faisant la part belle aux costumes féminins, allait mener Grévin du crayon aux ciseaux.

Une nouvelle carrière de costumier et de décorateur

Cela sera effectif en 1872 pour une opérette composée par Charles Lecocq La Fille de Madame Angot  pour laquelle il conçoit les costumes, d’abord succès à Bruxelles puis aux Folies Dramatiques à Paris avec 400 représentations ! Offenbach ne va pas être en reste puisqu’il demande à son ami de créer des costumes au Théâtre de La Gaîté dont il est devenu directeur, pour une nouvelle version en 1874 d’Orphée aux enfers où les artistes virevoltent dans une féerie de couleurs. Il récidive un an plus tard en demandant à Grévin de réaliser pour Un voyage dans la Lune, 675 costumes !  un grand succès à nouveau avec un superbe ballet de flocons de neige. Même l’Opéra le sollicite en 1875 pour mettre en scène Don Giovanni de Mozart, coup d’essai salué comme un coup de maître. Le Châtelet demandera aussi à Alfred Grévin de travailler, notamment sur les costumes des scènes du carnaval à Rome dans le drame Salvator Rosa en 1879, nouveau triomphe que Zola commente ainsi : « Les petites femmes sont nues tout en ne montrant pas un bout de leur peau ».

 Dans cet univers de la séduction, avec son fameux promenoir et son jardin d’hiver, les Folies Bergère vont bien évidemment avoir un rôle majeur par son lieu favorisant les rencontres furtives. Grévin va alors alimenter avec ses choix vestimentaires suggestifs les compositions chorégraphiques créées ici, comme dans le ballet des Sphinx. Il collaborera d’ailleurs là pour la première fois avec l’affichiste Jules Chéret.

Les actrices à succès de l’époque vont également tout faire pour être habillées par le célèbre créateur de costumes à l’instar de Jeanne Granier, Anna Judic ou Hortense Schneider.

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Costume de Judic dans La Belle Hélène et dédicace de Judic

 Ainsi à partir de 1872, pendant près de 10 ans et jusqu’à la mort de l’artiste, vont triompher sur scène les petites femmes de Grévin. Celui-ci réussit en effet à créer un univers coloré et joyeux, parfois clinquant, prémices déjà de la Belle Époque.  

 C’est aussi le prix d’un travail commencé dès l’aube et finissant souvent tard dans la nuit comme décrit par le publiciste Adrien Marx : « On le rencontrait, armé d’une paire de ciseaux énormes, dans les escaliers qui menaient aux loges des actrices […] De ses poches pendaient en ballotant des bouts de ganses et des lambeaux de galons. Il arrêtait parfois au passage une figurante qui descendait en scène, lui relevait les cheveux et donnait aux plis de sa tunique une ordonnance harmonieuse ».

 Sa renommée est telle que ses silhouettes dessinées apparaissent aussi sur des « produits dérivés » tels qu’assiettes et cendriers, sur lesquels sont reproduits des dessins parus dans Le Journal Amusant ! Il sacrifie enfin à la mode des statuettes polychromes en terre cuite où l’on reconnaît souvent la forme un peu coquine de ses chères petites femmes.

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Grévin et ses statuettes

 C’est cette même renommée qui va décider Arthur Meyer, directeur depuis 1879 du  grand quotidien conservateur politique et littéraire, Le Gaulois fondé en 1868 au 4, rue Drouot, de faire appel à Alfred Grévin en 1880.  La commande consiste à réaliser les décors d’un tout nouveau musée installé sur les boulevards à côté du passage Jouffroy, avec pour ambition de mettre en scène les grands personnages animant la vie publique. L’idée d’Arthur Meyer était en effet de bâtir une sorte de « journal plastique » de la vie politique, mondaine et même criminelle sous forme de galeries de personnages costumés et fabriqués en cire. Arthur Meyer s’inspirait en cela du succès remporté à Londres depuis 1835 par le musée de Madame Tussaud !

Alfred Grévin va accepter avec enthousiasme cette nouvelle mission en se précipitant justement à Londres pour s’en inspirer.  Il va alors réaliser très vite un certain nombre de créations mettant en scène par exemple Pasteur procédant aux essais de son vaccin contre la rage, les joutes oratoires à la Chambre des Députés entre Clémenceau et Jules Ferry ou encore des moments importants de l’épopée coloniale comme sa signature du traité plaçant en 1881 la Tunisie sous le protectorat français.

 Le monde des Arts et des Lettres n’est pas oublié non plus et Grévin presse son ami Zola de figurer en bonne place en lui adressant un billet en juillet 1881 : « Mon cher Maître, le musée Grévin sera naturaliste ou ne sera pas, c’est tout dire [ … ] » .  Celui-ci ne se fera pas prier et enverra même des vêtements pour habiller son propre mannequin !

 Lors de l’inauguration le 5 juin 1882, la partie centrale de la grande salle des Colonnes sera occupée par une reconstitution de l’atelier d’Alfred Grévin où on le voit crayonner debout, vêtu de sa vareuse et de son fameux béret rouge avec non loin Gounod et Massenet, à côté d’un groupe d’échotiers et de critiques en vogue à l’époque, sans oublier la présence d’une servante accorte ni sa muse en tenue suggestive, baptisée « la Parisienne de l’avenir » !   Et pour attirer un public amateur de faits divers, quoi de mieux que de représenter des crimes sordides, ce que réalise Grévin peu après l’ouverture du musée.

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Mais la santé de celui-ci devient chancelante et le contraint à s’éloigner du musée, cause d’une brouille passagère avec Arthur Meyer. Heureusement l’artiste peut vite reprendre ses activités et la réconciliation avec son ami directeur est telle que celui-ci va le nommer le 29 août 1883 président de la Société du musée, (poste qu’il occupera jusqu’à sa mort). Dans les années qui suivent, Grévin va se consacrer aux tableaux qui vont faire la renommée populaire du musée, ceux consacrés aux épisodes de la Révolution.

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carte postale : mort de Marat et arrestation de Charlotte Corday

Certaines scènes comiques représentées dans le musée renvoient aussi à l’univers préféré du caricaturiste comme celle de La loge d’une danseuse à l’Opéra, où on peut voir un petit rat faisant des grâces devant sa glace, tandis que son vieux protecteur s’apprête à lui remettre un joli bijou en témoignage de son admiration concupiscente.

 Les dernières années vont être cependant de plus en plus difficiles pour Grévin, diminué par les effets d’une ataxie qui l’a gagné. Son ami Nadar chez qui il peut encore parfois se rendre à Arcachon déplore cet inéluctable déclin encore aggravé par des querelles au sujet de droits de succession dans sa famille, à la suite de la mort de sa mère, elle-même très âgée.

Alfred Grévin meurt le 5 mai 1892 dans sa maison de Saint-Mandé, à 65 ans. Son nom restera associé dès lors au succès qui ne se dément pas d’un musée dont il était devenu le directeur.

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Grévin posant dans le journal Paris artiste, 1883

Sources :

  • La vie tumultueuse d’Alfred Grévin, JeanPierre Fontaine © Zélie éditions, 1993
  • La presse au XIXe siècle dans le 9e, Didier Chagnas © neufhistoire.fr, 2017

 Dessins provenant de la collection personnelle de Jean-Pierre fontaine

 © 9e Histoire 2006 - 2026


Date de création : 08/02/2026 • 19:42
Catégorie : - Personnages
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